Archive for May, 2006

La voie Royal - L’Actualité

Friday, May 19th, 2006

Brillante, élégante, charismatique, Ségolène Royal la socialiste deviendra-t-elle en 2007 la première présidente de la République française? Notre reporter l’a suivie pendant une journée.

«Est-ce qu’une voiture vous attend? me demande-t-elle.

— Non, j’allais prendre un taxi.

— Si vous voulez, je vous emmène.»

Une rutilante Renault l’attend devant la gare. Nous montons. C’est parti! Un collaborateur lui tend aussitôt le dernier numéro du magazine L’Express. En couverture, on voit Ségolène Royal aux côtés de Nicolas Sarkozy, son principal rival à droite. Le titre: «Qui est le meilleur?» «Pourquoi “le meilleur”? demande-t-elle en riant. Pourquoi pas “la meilleure”?»

Voilà, c’est bien elle. La femme politique dont le sourire, la fraîcheur et l’impertinence bousculent l’échiquier politique, celle qui est si prompte à dénoncer le sexisme, celle qui emballe les Français et qui est en train de les transformer en… royalistes. Car l ’Hexagone vit une véritable « Ségomania» (comme disent les anglomanes médias français). Depuis la fin de 2005, les sondages ont propulsé Ségolène Royal au tout premier rang dans les intentions de vote. Des enquêtes montrent que deux Français sur trois pourraient voter pour elle au premier tour de l’élection présidentielle de 2007. La chose serait stupéfiante: aucun candidat à l’Élysée n’a jamais remporté une majorité absolue au premier tour. Dans l’éventualité plus réaliste où Ségolène Royal affronterait Nicolas Sarkozy au second tour, l’un et l’autre obtiendraient chacun 50% des voix.

Avant d’en arriver à un duel «Ségo» contre «Sarko», toutefois, la socialiste devra conquérir son propre parti. La course contre les «éléphants» (lire: dinosaures) socialistes est déjà bien engagée, du moins officieusement. Chez les sympathisants du Parti socialiste (PS), Ségolène Royal devance très nettement ses adversaires déclarés: l’ex-premier ministre Laurent Fabius et les ex-ministres Dominique Strauss-Kahn et Jack Lang. Elle fait aussi de l’ombre à ses rivaux non déclarés: l’ex-premier ministre Lionel Jospin et le premier secrétaire du PS, François Hollande, qu’elle connaît bien, puisqu’il est le père de ses enfants…

11h50 Ségolène Royal entre dans l’amphithéâtre de l’École supérieure d’ingénieurs de Poitiers, où se tient un atelier sur le réchauffement climatique. Le sujet est d’actualité, parce que le Poitou-Charentes s’est engagé à respecter le protocole de Kyoto.

Ségolène Royal a retiré son manteau. Elle est habillée avec élégance, voire distinction. Son tailleur vert, ses bottes en cuir marron lacées jusqu’au genou laissent deviner un raffinement certain. Mais sur l’estrade de l’amphithéâtre, elle s’exprime avec simplicité. La «présidente» (de la région), comme ses collaborateurs l’appellent, insiste sur le thème de l’emploi: dans quels domaines des postes sont-ils appelés à disparaître? à être créés? «Le bilan emploi doit être positif», croit-elle bon de souligner.

Qu’a-t-elle que les autres n’ont pas? «Les Français voient en elle une promesse», explique Stéphane Rozès, directeur de l’Institut CSA, une maison de sondage. «Elle donne l’impression de pouvoir peser sur le cours des choses, de souhaiter réellement résoudre les problèmes des gens. C’est son point de départ: régler les problèmes des gens. Elle est pragmatique. Elle ne se prête pas aux querelles idéologiques, aux querelles socialistes du passé.» À tel point que Ségolène Royal semble vouloir se distancier de son propre parti: le mot «socialiste» ne figure même pas à la page d’accueil de son site Internet (www.desirsdavenir.org).

Ses origines — elle est la quatrième d’une famille de huit enfants — sont relativement modestes. Son père, militaire très catholique et très conservateur, avait peu de considération pour ses filles. «Mon père m’a toujours fait sentir que nous étions, mes sœurs et moi, des êtres inférieurs», a-t-elle confié à un journaliste télé en 1994.

Si elle incarne le renouvellement de la classe politique, elle n’est pourtant pas une nouvelle venue. Après des études à l’École nationale d’administration, pépinière de tant de politiciens, Ségolène Royal se joint (en 1982, à 27 ans!) au cabinet du président François Mitterrand. Mais elle reste énigmatique, voire paradoxale, aux yeux de beaucoup de gens.

Elle passe pour une traditionaliste — elle a quatre enfants —, mais n’est pas mariée. Elle lutte contre le port du string dans les collèges et lycées («Il est difficile d’interdire le foulard [islamique] à l’école tout en encourageant les filles à s’exhiber comme des marchandises», a-t-elle déclaré), mais autorise les infirmières à y distribuer la «pilule du lendemain». Elle est provinciale (née au Sénégal, elle a grandi en Lorraine), mais donne l’impression d’être parfaitement à l’aise dans ses habits parisiens. Mais qui a dit que les Français n’étaient pas eux-mêmes bourrés de contradictions? «Madame Royal a su capter les ondes de son peuple», a écrit le journaliste Daniel Bernard dans la biographie qu’il lui a consacrée, Madame Royal (Éd. Jacob-Duvernet, 2005). «Elle raisonne comme lui et résonne avec son époque, tandis que les beaux messieurs et les gentes dames se contentent de la suspecter — anathème meurtrier — de populisme.»

«Ségolène», comme beaucoup de gens l’appellent, plaît pourtant à la plus célèbre des «gentes dames», Bernadette Chirac. «Elle peut être une candidate sérieuse, elle peut même gagner», a confié la première dame de France au quotidien Le Parisien, en février. «Ses petits camarades socialistes ne lui feront pas de cadeaux, mais l’heure des femmes a sonné.»

Vraiment? Une femme, la socialiste Édith Cresson, fut brièvement première ministre au début des années 1990, mais la République française n’a jamais fait une grande place aux femmes. La France ne compte que 13% de députées (deux fois moins qu’en Irak), 11% de mairesses et une seule présidente de région… Ségolène Royal. De toute évidence, cette dernière n’inspire pas beaucoup de bien à une classe politique qui reste dubitative. Les socialistes à qui j’ai demandé des interviews (un député, un ex-conseiller de Mitterrand, un cadre du parti et deux anciens ministres) se sont tous esquivés. Le PS donne l’impression d’être terriblement embarrassé par cette star qui lui échappe, comme elle échappe à la presse. Lorsque le chroniqueur Alain Duhamel, ponte de l’establishment médiatique, a dressé la liste de 15 candidats éventuels à la présidence pour son plus récent livre, Les prétendants 2007 (Plon, 2006), Ségolène Royal n’y figurait même pas! Tout juste a-t-elle eu droit à quelques lignes dans le chapitre consacré à son conjoint…

Peut-être ne la prend-on pas au sérieux? Ségolène Royal a été conseillère de l’ex-président Mitterrand pendant sept ans, elle est députée depuis 1988 et elle a été ministre trois fois. Mais il n’est pas rare d’entendre dire qu’elle manque d’expérience. Il est vrai que bon nombre de ses collègues à l’Assemblée nationale en ont beaucoup. Ils en ont peut-être même trop: 97 (!) députés sur 577sont âgés de 66 à 84 ans. (Aux Communes, à Ottawa, aucun élu n’a plus de 67 ans.) Faut-il s’étonner que les Français souhaitent, si l’on se fie aux sondages, rajeunir leurs dirigeants? Quand leur président, Jacques Chirac, a décroché son premier poste politique, en 1962, le premier ministre du Canada s’appelait… John Diefenbaker!

Il faut dire que Ségolène Royal, qui fut successivement ministre de l’Environnement, de l’Enseignement scolaire puis de la Famille, n’a jamais été titulaire — aucune Française ne l’a jamais été — d’un «gros» ministère, comme les Finances, les Affaires étrangères ou l’Intérieur. Pourquoi? Parce que, écrit Daniel Bernard dans Madame Royal, l’ex-premier ministre Lionel Jospin la trouvait «trop imprévisible», «trop incontrôlable» et peut-être surtout «trop esclave de l’image». Il est vrai que bon nombre de socialistes lui ont reproché d’avoir exploité son dernier accouchement, en 1992, à des fins publicitaires: elle avait invité un photographe de Paris Match à la retrouver à l’hôpital (sur les conseils de Mitterrand, a-t-elle expliqué par la suite pour calmer la polémique).

13h10 C’est l’heure du déjeuner. Aux journalistes qui la suivent, Ségolène Royal fait servir l’apéritif emblématique de sa région, le pineau des Charentes. Défilent alors huîtres, brochettes de magret de canard et fromages régionaux. Faire bombance n’empêche pas les journalistes de bombarder la femme politique de questions. «Vous avez insisté ce matin sur la création d’emplois, dit un reporter. Ça peut être un de vos axes [d’intervention], mais ça ne peut pas être le seul?» «Si», lui répond l’intéressée.

Sur les questions économiques, elle passe pour être plutôt «libérale». Elle a multiplié les hommages au premier ministre de la Grande-Bretagne, Tony Blair, un travailliste qui a donné à son pays, dit-elle, «un formidable coup d’accélérateur». Cela n’a rien pour rassurer les ténors de l’aile gauche du Parti socialiste, qui raillent le «modèle anglo-saxon». Si les entreprises britanniques recrutent plus facilement, dénoncent-ils, c’est parce qu’elles sont plus libres de licencier…

Sur le plan social, les positions de Ségolène Royal seraient plutôt conservatrices. «Il faut remettre une morale sociale collective au cœur de notre projet politique», dit celle qui prône un « retour des repères» et un service civil pour prendre la relève de l’ancien service militaire . «Il est urgent de redonner de la valeur au travail et à l’effort», affirme-t-elle. Ces propos peuvent étonner dans la bouche d’une socialiste ayant voté, en 2001, en faveur de la réduction de la semaine de travail, qui est passée de 39 à 35 heures.

Son conservatisme se traduit aussi par son opposition au mariage gai, « pour ne pas bousculer les repères traditionnels», a-t-elle déclaré en février au Parisien , précisant qu’une famille, «c’est un père et une mère». Cela va à l’encontre de son propre parti, qui a adopté, à son dernier congrès, une motion en faveur du mariage homosexuel, estimant que le pacte civil de solidarité (PACS), une union civile à la française, n’allait pas assez loin en matière d’égalité. En 2005, Ségolène Royal a également émisdes réservessur la question de l’adoption par les couples gais, arguant qu’il fallait d’abord laisser s’exprimer les experts. «Il faut prendre le temps de réfléchir», plaidait-elle. On est loin d’un soutien avéré, comme dans le cas de Strauss-Kahn, Fabius et Lang, qui passent pourtant pour des «éléphants».

Est-elle au moins féministe? En 1992, en arrivant au ministère de l’Environnement, elle se faisait appeler «la» ministre — et non pas «le», comme il était encore d’usage. Dans son cabinet, par contre, sa garde rapprochée était composée de 13 conseillers techniques, dont une seule femme!

15h50 Ségolène Royal clôture la séance plénière du forum sur les éco-industries. Elle insiste sur des thèmes fédérateurs. Elle parle de «maturité collective», ajoute: «On est obligés d’être intelligents ensemble.» Certes, mais qu’est-ce que ça veut dire?

Ses détracteurs lui reprochent parfois son manque d’idées, peut-être s urtout dans un domaine qui serait pourtant de son ressort en tant que future présidente de la République, les affaires étrangères. Ses déplacements à l’étranger ne font que commencer: elle a rejoint Michelle Bachelet à Santiago pendant la campagne à la présidence du Chili — au moment même où les éléphants se réunissaient pour commémorer la mort de Mitterrand — et elle doit se rendre aux États-Unis en juin. La date d’un éventuel voyage au Québec, où elle n’a jamais mis les pieds, reste à déterminer.

Ségolène Royal devait lancer un livre, ce printemps, pour éclairer militants et électeurs sur sa pensée, mais la parution en a été plusieurs fois reportée. Dans le site Internet de TF1, principale chaîne de télévision française, les internautes n’hésitent pas à souligner ce qu’ils estiment être son point faible: « La stratégie de Royal est toute simple. C’est: “Souriez, vous êtes filmé!”» «Ségolène Royal, ce serait bien de loin, mais loin d’être bien! Le problème, c’est que [son] programme pour les élections est vide.» «Je pense que “coquille vide” se révélera sous son vrai jour, à savoir… muette.» I l est trop tôt pour l’affirmer. Les candidats possibles à la direction du PS ne veulent pas dévoiler leur programme tout de suite. Ce n’est qu’en novembre, peut-être même en décembre, que les militants socialistes seront appelés à désigner leur porte-étendard.

Pour Ségolène Royal, la tâche sera ardue. Elle n’a pas le soutien des puissantes fédérations socialistes (comme celles de Lille ou de Marseille), qui mobilisent militants et électeurs depuis un siècle. Elle n’est pas non plus «une manœuvrière de parti», explique la politologue Mariette Sineau, du Centre d’études de la vie politique française (CEVIPOF). «Mais on constate une tendance, chez les militants, à la base, de se tourner vers elle parce qu’elle incarne une possibilité de gagner. Elle joue l’opinion publique contre son parti.»

Nicolas Sarkozy, à droite, a fait exactement le contraire: il a commencé par prendre le contrôle de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), dont il est le président.

La sociologue franco-québécoise Évelyne Tardy, ex-professeure à l’UQAM, vit en France depuis qu’elle a pris sa retraite, en 2001. Elle ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre Ségolène Royal et Pauline Marois. «Ces femmes-là font peur, dit-elle. Elles dérangent. On ne sait jamais comment “les gars”, qui ont créé les partis à leur image, vont réagir. Ils se sentent mal à l’aise avec des personnes qui sont un peu des outsiders.»

18h43 Le TGV quitte la gare de Poitiers, direction Paris, sans Ségolène Royal. Elle devait le prendre, mais a informé ses collaborateurs qu’elle resterait plutôt sur place. Trop de choses à faire. Elle doit rédiger un papier pour Le Nouvel Observateur.

Que faire pour que tous les élèves réussissent leur entrée en 6ème ?

Thursday, May 18th, 2006

Confiance et exigence, respect et solidarité, égalité des chances sont les valeurs sur lesquelles les internautes fondent une rénovation de la scolarité des élèves de sixième.
Bien loin des propos fatalistes, les contributions recueillies sur le site sont ambitieuses. Je suis sensible à l’énergie, à la volonté et à l’enthousiasme manifestés par les parents et les enseignants, qui ont participé en grand nombre au débat.
Je suis heureuse que ce débat ait porté non seulement sur la maîtrise des savoirs fondamentaux, mais aussi sur l’épanouissement, le développement, la curiosité d’esprit et la transmission de l’envie d’apprendre.
La réussite des élèves en classe de sixième pose la question fondamentale de la scolarité au primaire. Nous avons trop, par le passé, estimé que l’école primaire marchait bien, et nous avons concentré les efforts contre l’échec scolaire sur le collège. Or, c’est dès le primaire que nous devons être attentifs et prévenants. Nous devons nous fixer cinq objectifs pour l’excellence au primaire :

Garantir les acquis fondamentaux

« Lire, écrire et compter » sont les savoirs fondamentaux. Il s’agit du bagage commun indispensable à chaque élève au sortir du CM2. L’école doit garantir à tous la maîtrise de ces savoirs.
Mais pour cela, nous devons détecter le plus en amont possible les difficultés rencontrées par certains élèves. Pour les moins assurés d’entre eux dans l’acquisition de ces savoirs, des dispositifs de soutien diversifiés devront être imaginés : rythmes d’apprentissage différenciés, approches personnalisées, contrôle régulier des compétences, tutorat, … Les pays qui ont fait porter le gros de leurs efforts sur la réussite scolaire au primaire, sont ceux qui ont le moins de sorties du système scolaire sans diplôme.

Restaurer le respect à l’Ecole

J’ai bien noté la préoccupation régulièrement manifestée par les internautes d’un effort à conduire en ce qui concerne le comportement des élèves. Il faut impérativement créer des conditions favorables à la transmission des connaissances : sérénité dans la classe, respect de l’enseignant et de l’institution.
Le savoir-être est la condition sine qua non de l’acquisition du savoir.
Restaurer le respect de l’autorité au sein des écoles et des établissements est une des clefs de la réussite, j’en suis convaincue.

Amélioration de l’articulation Ecole / Collège

Je retiens que nombreux sont les internautes qui prônent l’intervention d’un nombre réduit d’enseignants pour les classes de 6ème et parallèlement l’intervention de plusieurs professeurs des écoles dès le CM2 afin de mieux accoutumer l’enfant au collège. C’est une piste essentielle pour éviter que les élèves ne se sentent perdus à leur entrée au collège.
Meilleure implication des parents dans la scolarité de leur enfant

Que ce soit parce que l’école n’est pas un lieu facilement accessible aux parents, ou parce qu’ils ne perçoivent pas l’importance de leur implication, nombre de parents n’accompagnent pas suffisamment les efforts de l’équipe éducative dans la scolarité de leur enfant. C’est pourtant une des clefs de la réussite.

Ce sujet est l’objet de nombreuses expériences, notamment dans les ZEP : il faut recenser les pratiques innovantes et efficaces et en assurer la généralisation afin que, de façon cohérente et complémentaire, familles et enseignants contribuent à la réussite des élèves. Il faut réinstaurer le dialogue là où il fait défaut.

Réorganisation de la formation des enseignants

Nombre de témoignages l’attestent, les enseignants s’investissent et sont disposés à le faire davantage dans la réussite des élèves dès lors qu’ils seront mieux préparés à exercer leur métier.
Le besoin d’une formation mieux adaptée à la réalité de la fonction d’enseignant est régulièrement exprimé. Il est indispensable de mieux préparer les jeunes enseignants à leur métier, de veiller à ne pas les affecter dans les établissements les plus difficiles au début de leur carrière et les aider, par la formation continue, à renouveler leurs pratiques pédagogiques.

Je retiens de ces débats riches et constructifs, une mobilisation forte des parents et des enseignants pour défendre les valeurs d’une école plus juste et mieux respectée que j’entends promouvoir de toutes mes forces. L’éducation est la clé de la réussite de chacun. L’éducation est la clé de la réussite de notre pays.

Téléchargement : comment concilier la rémunération des créateurs et la liberté des internautes ?

Thursday, May 18th, 2006

Ce débat a suscité un grand intérêt, avec plus de 600 contributions, de haute tenue. Sur un sujet particulièrement complexe et controversé, croisant la culture, l’économie, le droit et la technique, la méthode du forum participatif a montré toute sa pertinence.

Le premier point que je retiens de ce débat, c’est que le numérique et le P2P sont une chance et non, comme certains le disent, une catastrophe :

Démocratisation de l’accès à la culture, grâce à des coûts très faibles de diffusion des œuvres ;
Intimité plus grande du public avec les oeuvres, qu’il peut s’approprier et faire à son tour connaître (réalisation de playlists, de compils,…) ;
Préservation du patrimoine culturel, le numérique permettant d’avoir accès à des œuvres rares ou introuvables sur support classique.

Un internaute sur trois télécharge sur les réseaux P2P : il  faut donc d’abord se demander pourquoi plusieurs millions de nos concitoyens s’adonnent à une pratique aujourd’hui illégale, malgré les inconvénients techniques (qualité moyenne des mp3, temps passé) et les risques pénaux. Face à ce mouvement de masse, l’industrie musicale a tardé – et tarde encore – à tirer parti de l’internet. Elle devrait pourtant se mettre à la page du numérique et partir à la reconquête du public. La défense d’un modèle technique obsolète ne peut que conduire à des déboires économiques.

A mes yeux, s’il est indispensable de permettre une rémunération juste des créateurs et de ceux qui les entourent, il ne saurait être question de maintenir artificiellement des modèles économiques dépassés par l’évolution technique, et de maintenir un cadre légal en décalage complet avec le progrès technologique et les aspirations manifestes du public. Je crois qu’on peut trouver, sur ce sujet, comme sur tous les autres, des solutions qui tirent toutes les parties prenantes vers le haut.

C’est le contraire que fait le gouvernement avec la loi DAVDSI : cette loi est inspirée par la peur du numérique, elle exacerbe les oppositions stériles entre le public, les créateurs, les producteurs, les diffuseurs.

La DADVSI n’apporte rien aux créateurs : ni en termes de rémunération, ni en termes de droits nouveaux. Elle rogne les droits du public, avec la remise en cause larvée de l’exception pour copie privée. Elle ne crée pas un cadre favorable pour les nouveaux intermédiaires du numérique, pour ceux qui inventent les services de demain. Pire : elle va compliquer plus encore l’émergence de services et d’entreprises innovantes.

Enfin, pour maintenir coûte que coûte le principe d’une interdiction des échanges non-commerciaux d’œuvres numérisées, le gouvernement a fait voter des dispositions inapplicables.

En un mot, cette loi conforte un désordre injuste. Je souhaite, ici comme ailleurs, créer un ordre juste. Il faudra donc revenir sur le cadre juridique créé par la loi DAVDSI au niveau français et contribuer à l’évolution du cadre juridique européen et international. C’est à la gauche, historiquement, qu’il revient de faire avancer l’équilibre entre progrès technologique et droits d’auteur : elle l’a fait avec la loi Lang en 1985, mais bien avant cela avec les travaux – inachevés – de Jean Zay et du Front Populaire en 1936.

Après le débat qui vient d’avoir lieu sur le site, je souhaite poser les quelques principes à partir desquels une législation nouvelle devra être mise en place :

Tirer parti de la numérisation et du P2P pour faciliter l’accès des publics aux œuvres et accroître la diversité culturelle.
Permettre à tous, aux auteurs comme aux publics, de bénéficier du progrès technique. Empêcher qu’une catégorie d’acteurs capte ce progrès technique à son profit exclusif.
Reconnaître que les sources de financement de la création en matière culturelle sont et doivent rester diverses (vente à l’unité, prélèvements auprès des exploitants, redevance pour copie privée, etc.). L’Etat ne doit pas privilégier un modèle économique unique pour la diffusion des œuvres culturelles mais favoriser les modèles en phase avec les demandes de la société.
Favoriser l’innovation en matière de circulation commerciale des œuvres numérisées. Le succès du P2P témoigne de l’insatisfaction de nos concitoyens face à une offre culturelle perçue comme trop limitée, trop chère et trop uniforme. Les opérateurs doivent pouvoir développer des services améliorés par rapport à ce que l’on trouve aujourd’hui.
Encourager les créateurs qui se tournent vers les modèles ouverts de propriété intellectuelle de type Creative Commons ou Musique-libre.

Il nous faut sortir du modèle économique unique, et le rôle de l’Etat est de conforter la coexistence entre plusieurs modes de rémunération et de financement :

• Les revenus directs, la vente de fichiers se substituant progressivement à la vente de CD

• Les revenus indirects : les intermédiaires (webradios, plates-formes de P2P) reverseraient une partie de leur chiffre d’affaires aux titulaires de droits en contrepartie du droit d’exploiter commercialement les œuvres. Il faudra, pour cela, inciter les titulaires de droits à licencier leurs catalogues, selon des modalités compatibles avec l’économie de nouveaux entrants et sans les assortir de DRM qui réduisent l’utilité pour les utilisateurs.

• Des revenus « mutualisés », qu’il s’agisse de la redevance pour copie privée, ou de la création, pour les échanges gratuits entre personnes, d’un système de licence globale forfaitaire.

Pour avancer sur cette voie, une concertation approfondie devra être enfin engagée, bien sûr avec tous les acteurs concernés et les citoyens, mais aussi avec nos partenaires européens, une solution exclusivement française étant difficile à mettre en œuvre.

Ségolène Royal vue par des femmes - Libération

Wednesday, May 17th, 2006

Habiter les Grésilles, à Dijon, c’est porter l’étoile de la pauvreté. Une ancienne quatre voies balafre le quartier, isolant un peu plus ceux que l’infortune a fixés du mauvais côté, au lieudit Grésilles extension. Les femmes, ici, sont arrimées à leur foyer à vie, faute de travail, faute d’intégration, faute de refuge, avec pour seul horizon les barres HLM alentours.

La Parenthèque est installée là, au rez-de-chaussée d’un bâtiment vétuste de l’Opac, au milieu des habitations, loin des commerces et des centres de loisirs. Sa présidente, Josette, épaule au quotidien les résidentes, des Françaises d’origine maghrébine pour la plupart. Libération veut savoir comment les femmes, ici comme dans quatre autres lieux très différents, perçoivent Ségolène Royal, une femme, mère de famille et étoile montante des sondages pour la prochaine élection présidentielle. Josette, donc, sexagénaire, mère de quatorze enfants, raconte : «Les femmes des milieux populaires ont du mal à accepter l’idée d’une femme président de la République. C’est notamment vrai pour les familles monoparentales, comme si le fait d’être gouverné par un homme les rassurait. L’émancipation n’est pas faite.» Elle, qui est aussi responsable départementale de la Confédération syndicale des familles, rapporte que «les femmes du quartier ne comprennent pas que je m’absente le vendredi pour assister à des réunions à Paris. Si je leur disais que c’est pour garder mes enfants, ça ne poserait pas de problème…» Samia, surveillante de lycée en congé maternité, confirme l’analyse : «Les gens des Grésilles ont une vision traditionnelle : l’homme incarne le pouvoir, il rassure, il sait et il arrange. L’image de la femme reste une image d’impuissance. Les gens ne sont pas informés, ils vivent en cercle fermé, dans leur monde à eux. Il faut un certain niveau culturel pour s’émanciper.»

«Le problème : son côté bourgeoise»

Autre décor, mais toujours la même réticence. A Neuilly-sur-Seine, fief huppé de Nicolas Sarkozy, même les associations sont bien logées. La façade cossue de leur «maison», sise 2 bis, rue du Château, tranche avec la raison sociale de ses locataires : Alcooliques anonymes, Secours catholique, médiatrice familiale, SOS troisième âge… Ici, personne ne croit aux chances de Ségolène Royal. Mais plus on s’élève dans les étages, moins sa candidature sonne creux. Au 3e ­ aide au troisième âge ­, l’hostilité est immédiate : «Quand on a trois enfants avec trois hommes différents, on ne donne pas de leçon sur la famille !», s’énerve une sexagénaire. Ségolène Royal a quatre enfants, du même. A peine si la dame relève la correction : «Qu’elle ne soit pas mariée me choque énormément : quand on n’est pas capable de s’engager dans son couple, comment peut on prétendre à la fonction suprême ?» Au 4e ­ conseil juridique aux familles ­, une permanente salue le courage de la candidate socialiste, comme César devant le gladiateur sacrifié : «On a eu des femmes extraordinaires comme Françoise Giroud (1), ou Monique Pelletier (2). Chaque fois, leurs collègues masculins leur ont collé des peaux de bananes sous les pieds.» Béatrice, bourgeoise dynamique de 57 ans, sait d’expérience ce qu’il en coûte d’être une femme engagée dans la vie publique. «J’ai vu les hommes à l’oeuvre dans un tas de réunions à Puteaux, Courbevoie, Clichy : ils président sans rien connaître du sujet débattu, uniquement pour signer à la fin. Ils font semblant de vous écouter, puis écartent votre proposition d’un lapidaire “ça peut se défendre mais…” qui vous renvoie à vos casseroles.» Au 5e, étage de la médiation familiale, la compétence de Ségolène Royal ne fait aucun doute. Laurence, aristocrate de 42 ans, mère de trois enfants, dit «sa sincère admiration» pour son action à la Famille. De la candidate socialiste, elle dresse un panégyrique : «Ségolène Royal est intelligente, diplômée, capable de tenir tête avec élégance à ses contradicteurs masculins. Arlette Laguiller me fait rire, Ségolène Royal m’intéresse, même si je n’appartiens pas à sa famille politique.» Puis la même assène sa conviction intime : la candidate socialiste ne passera pas même le barrage de l’investiture. «Le problème c’est que son côté bourgeoise ne colle pas à l’image de rassemblement populaire que le PS veut donner de lui-même. Je la verrais bien ministre, même Premier ministre. Président de la République, je ne sais pas.»

A Barbusse, un établissement des Hauts-de-Seine classé en zone d’éducation prioritaire(ZEP), la candidate socialiste inspire plutôt de la méfiance. Dans ce collège de Bagneux, les élèves sont «pour les trois quarts issus de milieux défavorisés» et beaucoup de professeurs se revendiquent «de gauche». A Marianne (histoire géographie), Françoise (technologie) et Malika (lettres), il tarde de se débarrasser d’une droite qui a «démoli le système d’éducation prioritaire». Toutes trois se disent «d’accord» pour qu’une femme défende leur conviction, pour peu que «ce soit une femme qui se mouille». L’une d’elles soupire : «C’est vrai, on a fait le tour de ce que les hommes étaient capables de faire.» Pourtant la brusque percée de Ségolène Royal dans les sondages les a surprises, au point qu’elles suspectent une «construction médiatique». Spontanément, elles évoquent les photos de la candidate à la clinique avec son nouveau-né, publiées par Paris-Match il y a… treize ans. Marianne, agacée : «Si elle cherche à jouer sur l’identification, c’est raté. Il n’y a rien de commun entre ses moyens financiers à elle et ceux des mères de nos élèves, seules, précarisées ou carrément sans emploi !»

Pas de «sexisme à l’envers»

Au siège parisien des Ni putes ni soumises (NPNS) comme sur le site universitaire de Tolbiac, la candidature d’une femme à l’investiture d’un des deux grands partis de gouvernement n’est pas même perçue comme un fait politique majeur. Question de génération. Laure, 19 ans, en première année de droit, explique : «Au niveau des jeunes, la parité, on l’a.» Cette membre active de la coordination étudiante croisée à la cafétéria poursuit : «Les garçons nous respectent, ils ne nous prennent plus pour des cruches. D’accord, ils ont encore un peu tendance à nous couper la parole. Mais c’est au niveau des vieux qu’il y a beaucoup de travail.» La relève féministe des NPNS refuse elle aussi le «sexisme à l’envers». Linda, la trentaine, résume : «Soutenir Ségolène Royal parce que c’est une femme, c’est de la démagogie. J’attends de connaître son programme, de savoir si elle peut me convaincre.» Anne-Charlotte, un look d’étudiante délurée, enchaîne : «Ça m’emmerde qu’en 2006, ce ne soit pas naturel d’avoir une femme candidate. Ce n’est pas parce que c’est une femme qu’elle apporte la modernité.» Les plus âgées ripostent. «Vous avez raison d’attendre pour vous décider que les candidats présentent un programme qu’ils n’appliqueront pas ensuite, attaque Liliane, trente ans d’enseignement à son actif. Il est totalement injuste de prétendre que Ségolène Royal n’a pas d’idées. Il suffit d’aller voir sur son site de Poitou-Charentes.» Abder, réfugié politique algérien, s’étonne à son tour : «Les femmes sont presque plus machistes que les hommes : vous n’avez jamais demandé aux autres candidats ce que vous exigez de Ségolène Royal.»

Aux Grésilles, la dépendance financière et culturelle des résidentes attise pourtant d’autres révoltes. Claire, 34 ans, dont la maîtrise de psycho a débouché sur un emploi-jeune à la Parenthèque, s’enflamme : «Ségolène Royal est la candidate de l’espoir. Chaque jour, je mesure à quel point la parité, l’égalité professionnelle, le partage des tâches sont des voeux pieux. Ici, certaines mères n’ont pas de machines à laver. Non que la famille n’en a pas les moyens mais parce que leur mari ne veut pas qu’elles aient du temps à consacrer à autre chose que l’entretien du foyer. Ségolène Royal prouve aux femmes qu’elles valent mieux. On peut commencer à rêver.» Dans ce quartier populaire, on est prêt, malgré tout, à parier sur le renouvellement que peut incarner la députée des Deux-Sèvres. Josette, la présidente de la Parenthèque, explique : «Ségolène Royal peut transcender la politique en joignant le social et l’éducation. Elle a prouvé son intérêt et sa compétence sur les problèmes qui nous préoccupent aujourd’hui : le chômage, l’avenir des jeunes, les ratés du système éducatif, la parentalité…» Ségolène Royal, poursuit-elle, est une «pragmatique», ce qui peut faire la différence : «Je l’ai vue faire quand elle était secrétaire d’Etat à la Famille. Elle a une grande capacité d’écoute. C’est après avoir discuté avec elle des missions des parents que nous avons monté nos groupes de parentalité. Elle nous a écoutés aussi quand on a cherché à faciliter l’accès à la cantine scolaire des enfants issus de foyers pauvres.» Stéphane Rozès, directeur d’études à l’Institut CSA confirme : «De manière générale, Ségolène Royal séduit un peu moins les femmes que les hommes. Mais elles lui reconnaissent toutefois une particularité : alors que les hommes partent d’une idée et l’imposent au terrain, les femmes décortiquent le concret, font émerger des solutions puis les portent au niveau politique. L’échec des schémas imposés d’en haut explique sans doute pour partie l’émergence de Ségolène Royal.»

Pour en savoir plus, certaines ont surfé sur Internet. Avec des fortunes diverses. Le concept d’«expertise citoyenne» en séduit bon nombre. La perspective d’avoir une relation directe avec la candidate aussi. D’autres sont plus réservées. Françoise, la professeure de Bagneux, a été déçue : «Je n’ai trouvé que des opinions d’internautes. Je me fiche des avis signés avec des pseudos.» Une autre avertit : «On ne touche pas tout le monde par ce biais-là, pas les plus défavorisés en tout cas. Son site, ce peut être un moyen de dialogue, mais c’est très insuffisant.»

Intérêt ou scepticisme, quoi qu’il en soit, toutes les déclarations de la candidate à la candidature sont passées au scanner. «Ségolène Royal dit s’inspirer du blairisme, note une enseignante de Bagneux. Quand on connaît la politique de Tony Blair vis-à-vis de l’école, il y a lieu de s’inquiéter.» Chez les NPNS, on prévient : «Il n’y aura pas de mobilisation à gauche sans un discours qui surprend, qui redonne de l’espoir. Si elle reste dans le politiquement correct, on ne suivra pas.» Aux Grésilles, on reste dans l’expectative. Samia, qui admet avoir découvert il y a peu l’existence de Ségolène Royal, confie : «J’attends encore de savoir à quelle femme j’ai affaire. Ce qui est sûr, c’est que j’attendrai beaucoup plus d’une présidente de la République que d’un président.»

(1) Secrétaire d’Etat à la Condition féminine de 1974 à 1976, dans le gouvernement de Jacques Chirac au début du septennat de Valéry Giscard d’Estaing.

(2) Ministre déléguée chargée de la Famille et de la Condition féminine dans le gouvernement de Raymond Barre de 1978 à 1981, sous le septennat VGE.

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Sunday, May 7th, 2006

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