Archive for October, 2006:
Un ordre économique juste - L’Hebdo des socialistes
L’Hebdo des socialistes du 21 octobre publiait les propositions des trois candidats sur les questions économiques et sociales. Voici l’analyse de Ségolène Royal
A la droite, l’économie et à la gauche, le social, à eux l’efficacité productive et à nous la générosité redistributive : cette vieille représentation d’une division traditionnelle du travail ne résiste plus à l’examen. Face aux défis du monde actuel, la droite est non seulement socialement destructrice mais aussi économiquement contre-performante. Sa soumission au court-terme du marché, sa mécompréhension du rôle moteur de la puissance publique, son clientélisme impénitent et son conservatisme plus ou moins compassionnel aux forts relents de darwinisme social, tout concourt à l’aveugler car tout se tient dans ce cercle vicieux qui tire le pays vers le bas : l’injustice sociale, l’incompétence économique et l’irresponsabilité environnementale.
Non, la paupérisation et la précarisation ne sont pas l’envers obligé de la modernité ! Non, les inégalités qui se creusent ne sont pas le prix à payer pour une économie compétitive ! Non, le chômage structurel n’est pas une fatalité et la mondialisation financière l’alibi de tous nos maux ! Non, l’après-pétrole n’est pas une contrainte à assumer à reculons : c’est une chance d’innovation et d’emplois nouveaux qui justifie une mobilisation cohérente.
La compétence n’est pas à droite, leurs résultats l’attestent : la création d’emplois marchands ne repart pas, notre commerce extérieur va mal, la dette file mais l’investissement se traîne, notre déficit de PME s’accentue, le rationnement de la recherche et le piteux état de nos universités font fuir les cerveaux et handicapent le pays dans l’économie de la connaissance, l’indigence du dialogue social et les relations du travail particulièrement mauvaises en France créent bien plus de rigidités que le Code du Travail tant décrié par le Medef, la Suède sera en 2020 libérée du pétrole mais la France est encore loin des objectifs de Kyoto et du tournant des éco-industries.
Il faudrait, nous disent-ils, revoir à la baisse nos protections sociales mais si notre taux d’activité (62,8%) atteignait celui de l’Europe du Nord (plus de 75%), nos régimes sociaux dégageraient un excédent de 35 milliards d’euros et non un déficit de 11 milliards ; cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas en corriger les défauts mais le plein emploi, c’est aussi cela : une marge de manœuvre financière pour créer des sécurités nouvelles. Ils prônent les vertus de la « séparabilité », version chic du travailleur jetable, alors que la croissance a besoin de confiance donc de sécurités économiques et sociales qui permettent de bâtir des projets d’avenir. Ils n’ont, au fond, pas compris l’essentiel : la relance de la croissance suppose un changement radical de politique qui fasse de la justice sociale non l’ennemie mais le ressort de la performance et du capital humain, non une vulgaire variable d’ajustement mais une richesse à valoriser car c’est, aujourd’hui, notre avantage concurrentiel le plus durable.
Nous sommes, nous socialistes, porteurs pour le pays d’un nouveau modèle de croissance qui lie solidement ensemble le plein emploi et le pouvoir d’achat, l’innovation et la création d’entreprises, l’investissement dans la formation et la sécurisation des parcours professionnels, un développement écologiquement responsable donc économiquement et socialement fructueux. A l’arrogance de gouvernement et aux adversaires du droit de grève, nous opposons les vertus avérées du diagnostic partagé, des efforts équitablement répartis et d’une démocratie sociale forte d’un syndicalisme de masse qui permette de rééquilibrer, dans l’intérêt bien compris des entreprises et de la société, les rapports entre le capital et le travail. Au patriotisme économique de façade, privatiseur de GDF et fauteur de vie chère, nous opposons le volontarisme industriel à l’échelle française comme européenne et l’Etat garant d’un pacte social rénové et affermi.
Le laisser faire, laisser aller, ça ne marche pas. Il est temps que la volonté politique reprenne la main pour bâtir un ordre économique juste et des sécurités sociales durables qui l’emportent sur les dérives d’un capitalisme spéculatif qui choisit la rente contre l’investissement d’avenir et le scandaleux enrichissement de quelques uns plutôt que le droit de chacun de vivre dignement de son travail. La France est riche de nombreux atouts que la droite gaspille : nous en ferons les leviers d’un redressement solidaire. Nous réhabiliterons la valeur travail que détruisent aujourd’hui les contrats précaires, les discriminations à l’embauche, les salaires bloqués et l’inquiétude du lendemain. Car la santé d’une économie dépend aussi de la motivation de ceux qui travaillent et les entreprises compétitives sont celles qui savent mobiliser toutes les compétences. Nous ferons le pari de l’intelligence collective et de la capacité des Français à définir ensemble un intérêt général sans perdants ni humiliés. Nous redresserons la France en nouant dans la clarté, sur des objectifs précis et négociés, ce pacte à trois – entreprises, salariés et pouvoirs publics – dont le pays a besoin pour saisir toutes ses chances, miser sur son capital humain et retrouver un désir d’avenir.
Devoir de victoire : Profession de foi de Ségolène Royal pour sa candidature pour l’investiture du Parti socialiste
Chères, chers camarades,
Au moment où je soumets ma candidature à vos suffrages, je voudrais vous dire à quel point je ressens ce mélange de gravité et de bonheur.
En effet, si vous en décidez ainsi, vous me confierez la plus belle des missions, celle d’incarner le changement et l’ardent devoir de victoire, en donnant aux Français un désir d’avenir.
Ce sont les socialistes qui peuvent accomplir l’audacieuse révolution de porter une femme à la tête de l’Etat et de parachever ainsi leur idéal de parité et de modernité.
La campagne sera victorieuse si nous le méritons. Beaucoup de Français ont le sentiment de ne plus être ni écoutés ni compris. La rénovation des méthodes, l’exigence d’écoute et de participation, les réformes précises et crédibles, les réponses apportées aux inquiétudes des catégories populaires détermineront non seulement le résultat pour gagner, mais surtout la confiance pour réussir.
Forts de nos convictions socialistes, nous sommes capables de rassembler toute la gauche et de mobiliser les Français.
Nous croyons, nous socialistes, que la globalisation financière appelle le renforcement de l’Etat : c’est la droite qui fait le choix de son désengagement et de la paupérisation des services publics.
Nous croyons, nous socialistes, que l’angoisse du lendemain et la précarité ne sont pas une fatalité : c’est la droite qui, par ses choix, fabrique de l’insécurité sociale.
Nous croyons, nous socialistes, que la société de la méfiance, des ghettos et des communautés rivales n’est pas une fatalité : c’est la droite qui affaiblit la République et porte atteinte au pacte social et à la laïcité.
Nous croyons, nous socialistes, que l’arrogance de gouvernement, le mensonge d’Etat et le mépris des citoyens ne sont pas une fatalité : c’est la droite qui fait le choix de l’autoritarisme, de la confusion et de l’irresponsabilité des pouvoirs, attisant la crise démocratique.
« Refuser le cercle de fatalité, le cercle de fer » disait Jaurès. C’est d’abord cela, le socialisme : s’arracher à la pesanteur des habitudes, porter une exigence de justice et de transformation sociale, garder au cœur une révolte vive.
Avant d’embrasser l’idéal socialiste, chacune et chacun d’entre nous s’est élevé contre une injustice qui lui semblait insupportable. Notre passion de l’égalité se nourrit de la flamme de ces refus.
Pour moi, ce fut le rejet de la place assignée aux femmes par la tradition qui m’a ouvert les yeux et a forgé à jamais mon engagement. De la maîtrise par la femme de son corps jusqu’au combat encore inachevé pour l’égalité professionnelle et politique, sans oublier le sort fait aux femmes asservies dans trop de pays du monde, ce combat illustre tous les autres. Mon adhésion au socialisme s’est aussi nourrie du spectacle révoltant d’une hiérarchie sociale où le privilège de quelques-uns l’emportait sur le droit de tous.
Et ce double refus m’a amenée à la certitude que l’émancipation passait par l’école et par la lutte jamais achevée pour une juste répartition des richesses.
Me présentant à vos suffrages, je crois honnête de vous dire quelques mots de ce que m’a appris l’expérience politique.
Je n’oublierai jamais l’allégresse de la campagne de 1981. J’ai eu la chance d’y participer, puis de travailler à l’Elysée tout au long du premier septennat de François Mitterrand.
Elue députée sans discontinuer depuis 1988 d’une circonscription rurale, je me suis battue pour l’égalité des territoires, affrontant le poids des conservatismes.
Dans mes fonctions ministérielles, je crois avoir démontré ce que signifie la morale de l’action et de l’efficacité.
Ministre de l’Environnement, j’ai agi avec fermeté contre les lobbys (loi sur l’eau et sur les déchets), mené des négociations âpres, notamment au Sommet de la Terre de Rio, et déjà soutenu les énergies renouvelables.
A l’Enseignement scolaire, dans le gouvernement de Lionel Jospin, je me suis battue pour une école plus juste, contre les violences scolaires, pour l’accès gratuit à la pilule du lendemain et pour l’intégration des enfants handicapés.
A la Famille, j’ai refondé une politique de gauche, réformé l’accouchement sous X, reconnu l’association des parents gays et lesbiens et favorisé la parité entre les deux parents, avec le congé de paternité.
Présidente de Région, après avoir battu l’équipe de Jean-Pierre Raffarin, j’agis avec une majorité de gauche pour renforcer les solidarités, libérer les énergies et faire vivre une démocratie participative. Et j’en tire chaque jour la conviction qu’il faudra aller jusqu’au bout de la décentralisation.
Aujourd’hui, nous avons un grand rendez-vous démocratique.
Je sais la dureté du combat qui s’annonce.
Je ne la crains pas.
Car, je mesure l’espérance qui se lève dans le pays.
J’ai confiance dans notre capacité à joindre nos forces et à rassembler la gauche.
Ensemble, nous mériterons la confiance des Français et nous accomplirons ce changement profond qu’ils attendent : un pays créatif et accueillant à tous les siens et fier de sa diversité ; un Etat au service des citoyens garant d’un ordre social juste et de sécurités durables.
Le projet socialiste fixe les axes de notre politique pour la France et précise les engagements du prochain quinquennat. C’est notre projet, c’est notre bien commun.
De toutes les perspectives exigeantes qu’il ouvre, je retiendrai ici celles qui sont à mes yeux essentielles et que je porterai avec mes mots et mes convictions :
- Pour l’emploi : seule la gauche est capable de relancer la croissance et la confiance en augmentant le pouvoir d’achat car la justice sociale n’est pas un handicap mais un facteur de compétitivité, en investissant dans la recherche et l’innovation, en choisissant résolument l’excellence environnementale, riche d’activités et de métiers nouveaux.
- Pour le pouvoir d’achat : les socialistes doivent moins taxer le travail que le capital. Pourquoi, sinon, se proclamer socialistes ? La gauche ouvrira donc une conférence salariale qui, au-delà de la nécessaire et évidente augmentation du SMIC, confortera tous les salariés, et notamment les plus modestes, dans leur travail et renforcera aussi notre économie. Le succès de cette conférence les incitera puissamment à adhérer au syndicat de leur choix. Mon objectif, c’est qu’avec un syndicalisme de masse, une démocratie sociale fondée sur des règles se mettra en place.
- Pour l’école : l’égalité réelle, c’est de tenir pour tous les élèves la promesse républicaine de réussite. C’est une offre scolaire de qualité sur tout le territoire, c’est le refus que la ségrégation scolaire redouble la ségrégation spatiale et urbaine. C’est le service public de la petite enfance, la lutte contre le décrochage scolaire, des moyens renforcés pour ceux qui en ont le plus besoin, un soutien scolaire individuel et gratuit, l’augmentation de la présence adulte dans les établissements. La France doit aimer tous ses enfants, d’où qu’ils viennent, où qu’ils aient grandi, dans la diversité de leurs talents. Les jeunes sont notre avenir, et je ne me résignerai jamais à regarder un enfant ou un adolescent, quoi qu’il ait fait, comme perdu à jamais. Il nous revient, à nous adultes, de leur rendre la confiance lorsqu’ils la perdent, de les remettre sur le chemin lorsqu’ils dévissent. Fermement et affectueusement.
- Pour l’excellence environnementale : je veux faire de la France un pays exemplaire en Europe et dans le monde dans la lutte contre le réchauffement de la planète, la gestion de l’eau, la priorité aux énergies renouvelables, le développement des transports propres, le traitement des déchets et la mise en place d’une véritable fiscalité écologique.
- Contre la violence : nous devons être lucides et implacables contre toutes les délinquances et contre toutes les causes qui conduisent aux comportements délinquants. Ce sont nos concitoyens les plus démunis qui en sont les principales victimes ; ceux qui souffrent ne doivent plus être abandonnés à leur sort.
Avec vous, je veux une France qui retrouve sa place en Europe et dans le monde.
Quels qu’aient été nos votes lors du referendum de l’an dernier, nous voulons une Europe plus concrète, plus protectrice, et donc moins libérale : une fiscalité écologique, un vrai gouvernement économique qui ne soit plus soumis à la Banque centrale européenne, une régionalisation de la PAC, une réforme du Pacte de stabilité.
Dans un monde instable où le terrorisme et le risque de dissémination nucléaire menacent la paix, alors que les peuples aspirent à la justice et à la dignité, la France doit renforcer son rôle. Aider les pays pauvres à vaincre la misère en les traitant comme des partenaires égaux et en conduisant avec eux un co-développement efficace : cette utopie concrète est à notre portée et la France doit en donner l’exemple, pour construire ainsi, également, une politique d’immigration partagée.
Pour assurer le succès de notre projet, nous avons besoin d’une nouvelle République qui s’appuie sur une démocratie représentative rénovée, et la fin du cumul des mandats, sur une démocratie plus participative, et sur une décentralisation aboutie. Décider aujourd’hui, et notamment au plus haut niveau de la République, c’est assumer pleinement sa responsabilité, partager le pouvoir, l’organiser démocratiquement et reconnaître à chacun un droit égal à s’occuper des affaires communes.
Voilà ce que je vous propose de réaliser ensemble.
Voilà le sens du combat que je suis prête à conduire avec vous.
Fidèlement.
Ségolène ROYAL
Il faut sortir des demi-mesures pour réussir la mutation énergétique ” - Les Echos
Une fois l’histoire écrite, il arrive que ceux d’après s’étonnent de l’inconscience de ceux d’avant : comment ont-ils pu ne pas comprendre, ne pas agir à temps ? Pour le pétrole, nous n’aurons pas l’excuse de l’ignorance : nous savons. Les réserves s’épuisent. Avec la rareté vient la cherté. La concurrence pour la maîtrise des approvisionnements, avivée par l’appétit des pays émergents, devient un enjeu géostratégique qui rend possibles des guerres de l’énergie dévastatrices. Les émissions de gaz à effet de serre menacent directement la survie de l’humanité. Raréfaction de la ressource, indépendance énergétique, catastrophes climatiques, sanitaires et sociales, sécurité du monde : la préparation de l’après-pétrole est une urgence politique.
Pour sortir de la civilisation du pétrole, il faut un changement de paradigme qui fasse de l’excellence environnementale et de la justice énergétique des principes réorganisateurs de l’action publique. Question de courage et de volonté politiques. Or les demi-mesures du « pacte pour l’environnement » annoncé par le gouvernement ne permettent pas de véritable réduction de la consommation pétrolière. Rien sur le ferroviaire et le ferroutage. Pas de fiscalité écologique incitative. Aucune mise à contribution des entreprises pétrolières. Trop d’oublis, d’incohérences et de conservatisme pour engager réellement la France dans un nouveau scénario énergétique. « Les petits moyens, disait Stuart Mill, ne produisent même pas de petits effets, ils ne produisent aucun effet ».
D’autres pays, pourtant, agissent efficacement. La Suède a pris le temps d’un diagnostic partagé associant des industriels, des chercheurs, des fonctionnaires, des citoyens. Elle a fait le choix de la transparence démocratique, du débat public et du volontarisme politique. En 2020, elle sera totalement libérée du pétrole et les énergies renouvelables représentent déjà 35 % de sa consommation nationale. La Suède est l’un des deux pays européens en passe d’atteindre les réductions d’émissions de CO2 fixées par le protocole de Kyoto. La France pourrait en faire autant à condition de le vouloir.
En Poitou-Charentes, nous avons décidé de respecter les objectifs de Kyoto en réduisant nos émissions de CO2 de 800.000 tonnes d’ici à 2010. Nous n’abordons pas l’après-pétrole comme une contrainte, mais comme une chance d’innovation. Nous faisons de l’excellence environnementale une préoccupation transversale qui irrigue toutes nos politiques sectorielles et à laquelle nous consacrons plus du tiers du budget régional. Nous activons conjointement toutes les touches d’un clavier où les consommations évitées sont aussi importantes que la diversification des énergies renouvelables. Nous privilégions une démarche participative qui favorise la mobilisation de tous les acteurs, publics et privés. Dans les transports (44 % des émissions régionales de gaz à effet de serre), nous donnons la priorité au ferroviaire, à la modernisation des infrastructures et du parc, au développement d’une offre accessible à tous qui comprend, un jour par mois, le TER à 1 euro. La fréquentation des trains régionaux a augmenté de 28 % en deux ans et nous venons de signer avec la SNCF un protocole pour l’expérimentation d’un agrocarburant. Dans l’habitat, nous aidons financièrement la réduction des consommations et l’utilisation des énergies renouvelables, des chaudières à bois aux équipements solaires, des générateurs photovoltaïques aux constructions en bois économes en énergie. Dans les lycées, toutes les opérations de maintenance et de réhabilitation intègrent ces objectifs et favorisent le recours à la biomasse, à l’énergie solaire ou éolienne, aux huiles végétales en remplacement du fuel. Nous construisons un lycée « zéro énergie fossile » et nous implantons sur le site de l’université de Poitiers un bâtiment énergétiquement autonome.
Dans cette mobilisation générale à l’échelle régionale, tout se tient. C’est pourquoi nous agissons également pour que l’excellence environnementale soit intégrée à la formation initiale et continue, devienne une dimension de notre développement économique et de la compétitivité de nos entreprises, contribue à la création d’emplois d’avenir. Nous soutenons financièrement la recherche et l’innovation, l’essor des écoproduits et des écoprocédés, la production et la consommation d’agrocarburants et d’agrocombustibles. Nous faisons de la commande publique un outil de ce combat énergétique global.
La France pourrait, si son gouvernement s’y engageait sans réserve, accélérer son passage à l’après-pétrole. Exemplaire chez elle, elle serait plus crédible hors de ses frontières. Elle pourrait pousser l’Europe à faire de la question énergétique l’un des moteurs de sa relance politique et de ses retrouvailles avec les citoyens. Et bâtir avec les pays du Sud un codéveloppement qui tire le meilleur parti des énergies non fossiles dont ils disposent en abondance.
Dans le domaine de l’énergie, le laisser-faire, laisser-aller marche encore moins qu’ailleurs. Soupçonnée d’impuissance face aux désordres du monde, l’action politique doit prouver sa capacité à conduire, dans l’intérêt de tous et en y associant les Français, une mutation énergétique réussie. Pour dépasser les égoïsmes et les intérêts antagoniques qui retardent notre émancipation de la contrainte pétrolière, il faut clarifier les choix, faire appel à l’intelligence collective de nos concitoyens et, une fois le cap fixé, assumer, au sommet de l’Etat, un pilotage ferme. C’est cela aussi l’enjeu de 2007.
” Donner un avenir à la France ” - Conseil National du Parti socialiste
Je mesure la solennité de ce moment qui fait honneur à notre parti. J’en mesure l’importance, sa gravité, la responsabilité qui est la nôtre, mais notre chance aussi.
Je voudrais saluer les deux autres candidats, Dominique et Laurent, et avoir un geste sincère de respect pour Jack et Lionel. Je pense que leur décision n’a pas été facile à prendre, que ceux qui les soutiennent ressentent un certain désarroi. Mais je veux penser ici, parce que nous sommes socialistes, que ce qui nous sépare est moins fort que ce qui nous rassemble. Et que parce que la droite est forte, nous aurons besoin, demain, de tout le monde pour gagner cette bataille décisive.
Le débat interne qui s’ouvre doit être utile, et servir par sa qualité au principal combat.
Rassembler les socialistes, c’est tout simplement d’abord, le projet, c’est une évidence. Cette campagne interne, mais aussi cette bataille, demain, doivent servir à mettre en valeur le projet et à le faire connaître aux Français. C’est pourquoi je voudrais revenir sur les leviers de ce projet, m’exprimer sur les enjeux de l’élection présidentielle et évoquer la bataille contre la droite.
Le projet nous rassemble, c’est ce qui fait notre unité. Il s’appuie sur trois leviers : agir à gauche, c’est à dire combattre sans relâche les inégalités, s’appuyer sur les citoyens et les forces sociales pour réformer, échanger le rapport de force entre le capital et le travail.
Le deuxième axe, c’est donner un avenir à la France, et le troisième répondre aux problèmes d’aujourd’hui.
Donner un avenir à la France, un désir d’avenir, car la France n’est pas en déclin, elle est simplement en de mauvaises mains. Les Français sont créatifs, ils ont du talent. Les territoires sont attractifs, et nous la remettrons, cette France, et ces territoires, en mouvement, sur la base d’une confiance retrouvée.
Répondre aux problèmes d’aujourd’hui, le projet s’y attelle, en soulignant qu’il faut inventer ces nouvelles sécurités pour faire face aux mutations, repenser les conditions de la croissance face aux risques : aux risques sociaux, aux risques environnementaux, aux risques liés à la mondialisation.
Redéfinir la fonction de l’Europe et la place de la France dans le monde, en mettant tout en œuvre, dans des logiques de co-développement ou de développement solidaire, pour réduire les écarts entre les pays du nord et les pays du sud, seule solution pour maîtriser les migrations de la misère. Alors oui, deux visions de la France et deux conceptions opposées de l’exercice du pouvoir sont devant nous.
De notre côté, la solidarité contre toutes les formes de brutalité, puisque la droite a érigé les divisions comme forme de gouvernement, en dressant les Français les uns contre les autres. Le développement équitable d’un côté, contre les désordres du libéralisme de l’autre. Nous aurons à répondre aux inégalités les plus criantes, et en particulier celle-ci, qui est au cœur de tout. Les inégalités entre ceux qui maîtrisent leur destin et qui sont assurés de l’avenir de leurs enfants, et puis les autres, tenaillés par la précarité, qui ne maîtrisent plus leur vie.
C’est pourquoi, comme le dit le projet des socialistes, la bataille pour l’emploi, pour le plein emploi, pour le pouvoir d’achat, la lutte contre toutes les formes de précarité, la sécurité du salaire, la réussite à l’école, sont au cœur de notre projet, et tout le reste en dépend, car des parents précaires, c’est toute la famille qui est déstabilisée, et c’est l’effort scolaire qui perd son sens.
Oui, les socialistes doivent pouvoir prouver, au cours de cette campagne, qu’ils sauront mettre en place, pour tous, les conditions de base pour construire sa vie, et pour envisager l’avenir avec confiance. C’est le cœur de notre projet politique. Et aujourd’hui, la crise démocratique est profonde. La tentation de l’extrême droite est forte. C’est cela aussi, l’enjeu de 2007, car trop de gens ont le sentiment d’être tirés vers le bas. Il y a une révolte contre l’hégémonie du profit au détriment de l’humain, de l’avenir des entreprises, et du travail, dont il faut reconstruire la valeur que la droite a cassée par la précarité.
Il y a une attente exaspérée de ce qui ne vient pas, pour stopper ce sentiment d’être rétrogradé. Il y a une angoisse, Henri Emmanuelli le disait tout à l’heure, nourrie par les délocalisations sauvages qui détruisent les emplois et qui font que les Français s’interrogent : pourquoi l’Europe ne se protège pas davantage ?
Exercer le pouvoir avec autorité et sérénité, écouter pour agir juste
Il y a un vécu quotidien de la violence, une saturation qui appelle une vigilance permanente, et qui fait que les Français les plus exposés à la violence rejettent les autres.
Alors, la présidentielle de 2007 doit mettre un coup d’arrêt et de nouveau, tirer la France vers le haut. Nous réussirons à mettre fin à ces désordres, nous réussirons à mettre en place un ordre social et international juste, et des sécurités durables. Nous réussirons à renforcer l’action de l’État tout en libérant les initiatives régionales et l’esprit d’entreprendre. Oui, il s’agira d’exercer le pouvoir avec autorité et sérénité, sobriété et efficacité, rendre des comptes, écouter pour agir juste, associer les citoyens aux décisions qui les concernent. Refuser les brutalités, les divisions, et tenir debout ensemble, pour faire avancer la République et la nation. Oui, je le dis, la nation, car l’élection présidentielle, c’est un moment exceptionnel pendant lequel les Français s’interrogent sur le pacte social, dans le cadre de la nation. La nation qu’il ne faut pas abandonner à la droite, et qui n’a pas à être opposée à la République et à l’État. Car comme le disait Jean Jaurès, « c’est la nation, disait-il en 1902, qui longtemps encore fournira le cadre historique du socialisme, le moule d’unité ou sera coulée la justice nouvelle, il n’y a que la nation qui puisse affranchir tous les individus, et fournir à tous les moyens du libre développement. Et quand la nation est forte, disait-il, alors elle peut se tourner vers l’internationalisme. »
Et donc cette campagne interne sera utile si elle éclaire les enjeux du combat contre la droite. La campagne devra mettre fin à l’insupportable écart entre les discours et les actes qui sapent la confiance dans la politique. La campagne et la victoire contre la droite se construiront dans le mouvement. Rien n’est fait pour l’instant, tout se mérite, tout se déclenche par notre force et notre conviction.
« Passer d’une démocratie de rejet à une démocratie de projet »
La campagne sera participative, non pas parce que les citoyens ne veulent plus assister, immobiles, à des meetings, ou simplement prendre des tracts. Ils ont soif de participer, ils ont soif de compter pour quelque chose, et notre rôle sera de remettre le peuple au cœur du projet des socialistes. C’est comme cela que nous réussirons à construire le pacte social, et à rassembler la gauche. C’est comme cela, aussi, que nous donnerons la conviction que la volonté politique a un sens et qu’elle pourra agir juste. C’est la condition pour passer d’une démocratie de rejet à une démocratie de projet. La dénonciation de la droite ne suffira pas. Sinon, il y aura des désillusions, et des prises de distance.
C’est pourquoi je crois à cette démocratie participative, qui complète et qui renforce la démocratie représentative. C’est elle qui va déterminer la force de l’adhésion à un projet. C’est le meilleur rempart contre le populisme. Le populisme est un mouvement négatif, c’est une pulsion de dénigrement, de destruction, de déconstruction. C’est ce qui explique aujourd’hui ce qui se passe en Belgique. Il dépend de nous de le combattre, ce populisme, par la force de l’engagement. Tout dépend de notre capacité d’entraînement.
Alors l’enjeu de cette élection présidentielle, c’est de remettre une nation qui tienne debout, et qui donne à chacun de ses enfants sa juste place, quel que soit le numéro de la génération dont il est issu. C’est la République pour tous, qui tient sa promesse égalitaire grâce au service public, et c’est enfin l’autorité d’un Etat efficace qui connaît ses raisons d’agir et qui met fin aux désordres de la mondialisation libérale. Ce que j’en déduis, pour la campagne contre la droite, si les militants m’accordent leur confiance, c’est une campagne de simplicité, d’efficacité. Et d’abord, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?
Le siège de la campagne sera le siège du Parti socialiste. Car comme le répétait Henri Weber, rien ne remplace l’action du Parti socialiste dans cette campagne. Mais il faudra lutter contre cette tentation de centralisme, il faudra un territoire irrigué, une organisation des fédérations. Ce sont elles qui seront chargées d’organiser les débats participatifs sur le projet, sur le dialogue social, sur l’éducation, sur l’environnement, complétés par les débats sur Internet. C’est là que se reconstruira le pacte social. C’est là, où l’on remettra le peuple au cœur du projet socialiste pour dire dès la campagne électorale comment demain nous ferons lorsque nous serons aux responsabilités.
Alors tout dépend de nous, personne n’y arrivera seul, tout dépend de notre courage, de notre sens des responsabilités, de notre volonté, de notre capacité à écouter et à imaginer, de notre intelligence collective. Les Français, si nous le méritons, ne demandent qu’à nous faire confiance. Aidons-les à comprendre notre époque pour que la France saisisse toutes ses chances.