Archive for December, 2006:
Ce que je veux dire à Nicolas Hulot - Le Nouvel Observateur
Le « pacte écologique » est un engagement qui touche au coeur de l’exigence environnementale, mais je propose de lancer dès maintenant une nouvelle étape allant au-delà.
J’ai placé l’excellence environnementale au coeur de mon programme et je placerai le développement durable au coeur de mon action. La France doit devenir exemplaire en matière de politiques publiques visant au développement durable dans l’ère de l’après-pétrole.
Dans ma région, j’ai appliqué cette politique par la preuve en assignant l’objectif d’excellence environnementale au territoire, notamment avec l’initiative Climat qui reprend les objectifs de Kyoto. Depuis le Sommet de Rio en 1992, où je représentais la France en tant que ministre de l’Environnement, l’évolution n’est pas bonne. Pourtant, la prise de conscience est là. Manque la volonté politique. Nous avons une responsabilité historique face aux défis du changement climatique et à la préservation de la biodiversité. Nous ne devons pas avoir peur d’affronter cette réalité nouvelle, mais au contraire la saisir comme l’occasion d’une révolution douce dans nos modes de production et de consommation.
Le bilan de la droite sur le développement durable est catastrophique pour la France : dégradation de la recherche, comme l’a relevée la revue de référence « Nature » le 23 novembre 2006, recul sur la taxe sur les véhicules polluants, baisse du budget de l’Ademe… Le dernier plan national d’allocation des droits d’émission a été retiré par le gouvernement français au dernier moment, pour éviter un refus certain, car il prévoyait des quotas d’émissions supérieurs à ceux de 2005. En matière de développement durable, la gauche et la droite, ce n’est pas équivalent !
Le panorama présenté par Nicolas Hulot dans son livre est une bonne base de travail. Je suis favorable à la signature du « pacte écologique » et je me réjouis du succès de cette initiative qui traduit la maturité de l’opinion publique.
Mais le schéma proposé est incomplet : le développement durable est un problème éminemment politique. Les solutions technologiques ou fiscales ne suffiront pas. De puissants lobbies sont dans la place, comme nous l’avons vu sur la directive Reach (contre les composants chimiques toxiques) : il faut une volonté politique inébranlable pour leur faire face et pour réorienter l’économie. Il y a un lien entre les enjeux environnementaux globaux et les questions de pauvreté et d’immigration. Le véritable défi est de concilier la lutte pour l’environnement avec l’urgence sociale et la croissance économique durable.
Je suis animée par cette volonté et je m’engage, si je suis élue, à mettre tout en oeuvre pour que la France devienne le pays leader de l’excellence environnementale, de la réussite économique et de l’ordre social juste.
De même, j’affirme ma volonté de tenir bon sur les mesures les plus difficiles, celles qui engagent les rapports de force les plus délicats et qui permettent des sauts qualitatifs importants. J’annoncerai tout au long de ma campagne les actions que je défendrai après mon élection : je m’engage ainsi à ce que plus un seul permis de construire ne soit délivré s’il n’intègre pas les énergies renouvelables. Cela permettra un cercle vertueux « gagnant-gagnant » : les mesures étant annoncées à l’avance, avec l’assurance que mon engagement sera inflexible, le secteur économique pourra anticiper les décisions, ce qui permettra à la fois des améliorations de l’environnement et la création de milliers d’emplois.
Voilà la nouvelle donne environnementale que je veux instaurer : je ne veux pas d’une politique environnementale punitive, qui alourdit l’impôt. C’est la force de l’anticipation et la stabilité de la volonté politique qui forment le socle indispensable du « pacte écologique » auquel je m’engage. En matière environnementale, il n’y a rien de pire que l’instabilité juridique, car cela rend impossibles les anticipations.
Si je suis élue, c’est la présidente de la République qui sera garante des choix de la croissance durable !Si le climat n’a pas de frontière, le changement climatique et le passage à l’après-pétrole ne frapperont pas tout le monde de la même manière. Certes le diagnostic de la crise n’est ni de droite ni de gauche, mais seule une véritable politique de gauche permettra d’éviter que ce soient les plus modestes qui soient les plus touchés par les désordres écologiques. Je souhaite que la structure gouvernementale reflète les trois axes de notre action : priorité à l’excellence environnementale, à parité avec les préoccupations sociale et économique. Il y aura donc, aux côtés du Premier ministre, ces trois piliers de l’action gouvernementale, à autorité et capacité d’intervention égales.
Nicolas Hulot défend la démocratie participative pour la définition et la mise en oeuvre de ces politiques. J’en suis la plus ardente avocate, car pour que les rapports entre science et société ne soient plus marqués par la défiance et le soupçon, nous devons développer des conférences de consensus.
Quant aux interrogations sur l’agriculture, là encore, je m’appuierai sur ce que je fais en Poitou-Charentes comme preuve de mon engagement pour que les subventions soient réorientées vers l’agriculture biologique et les filières durables, et approvisionnent les cantines publiques et pour que les cultures OGM de plein champ soient interdites. En tant que présidente, je négocierai la réforme de la politique agricole commune.
Je vous propose une nouvelle étape
Les cinq propositions de Nicolas Hulot sont des « premiers pas ». Il faut renforcer notre engagement sur les changements climatiques (la taxe carbone ne suffira pas) et le rendre cohérent avec les mesures sectorielles proposées (sur l’agriculture par exemple). Je m’engage donc sur :
- l’exemplarité de l’Etat et des administrations en matière d’excellence environnementale ;
- une politique des transports ambitieuse prolongeant les mesures encore trop faibles du Plan Climat ;
- l’incitation des entreprises à faire des efforts importants de recherche et développement pour l’efficacité énergétique ;
- la réduction de l’utilisation des substances dangereuses pour la santé publique.
A ce stade, la formulation des objectifs est centrée sur la France, sur l’intervention de l’Etat et finalement assez peu sur une démarche préventive et incitative, y compris au niveau des territoires et des entreprises. Les développements sur l’économie de la fonctionnalité sont pertinents, mais pourquoi ne pas mettre à contribution les industriels et la grande distribution ? La sobriété doit intéresser tous les secteurs industriels : certains pourraient être utilisés comme pilotes. C’est le cas des industries de l’emballage.
Les conséquences de la raréfaction des ressources fossiles sont insuffisamment soulignées. Le cadre français ne peut suffire à traiter cette question. Il faut envisager la dimension politique, les implications sociales et géostratégiques, et l’espace européen.
Nous avons à construire un nouveau pacte national, semblable à celui qui, après la guerre, a permis la reconstruction de l’Europe !
Je m’engage pour que soient préservées les valeurs de solidarité entre générations, entre régions, entre pays, entre territoires, entre activités économiques (celles qui dépensent de l’énergie, celles qui en consomment moins) et même entre régions du monde (les zones productrices de pétrole, les zones importatrices) contre les déséquilibres générateurs de tensions et de menaces sur la paix.
En matière internationale, une Organisation mondiale de l’Environnement sans pouvoirsne suffit pas : un Conseil mondial du Développement durable doit assurer la primauté des droits fondamentaux, sociaux et environnementaux dans le cadre d’une nouvelle hiérarchie des normes internationales. L’intervention européenne coordonnée est nécessaire pour une politique européenne durable qui permettra d’éviter que la libéralisation des marchés ne débouche sur la constitution de trusts de l’énergie. Cette politique s’appuiera sur la création de pôles de compétitivité européens, notamment en faveur d’investissements massifs dans les énergies renouvelables.
L’Europe par la preuve doit être au centre de la politique environnementale. Dès la présidence allemande en 2007, et surtout pendant la présidence française de l’Union européenne en 2008, il faudra travailler à une nouvelle politique européenne de l’environnement et de l’énergie autour d’un groupe d’Etats ayant une approche commune et engageant un vaste programme de recherche, d’économies d’énergie et d’investissement (ferroutage).
Je m’engage à oeuvrer au sein de l’Union européenne à la réintégration des Etats-Unis ainsi que de la Chine et de l’Inde (assortie de conditions) dans le processus de négociationpost-Kyoto. Pour être efficace, la mobilisation doit être planétaire.
Je m’engage également pour que toutes les initiatives des collectivités locales (comme la nouvelle Charte du Développement durable des régions) soient encouragées par l’Etat. Quant à la proposition de taxe carbone, elle doit être évaluée avec soin et n’est en tout cas pas suffisante. Elle ne doit pas pénaliser injustement les plus modestes. Elle devrait permettre d’investir dans la recherche et le développement, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, l’isolation, le ferroutage, les transports collectifs en ville.
Cette taxe ne peut s’envisager sans un schéma de compensation efficace. La baisse des charges sociales sur le travail (pour éviter les délocalisations d’activités consommatrices d’énergies fossiles) peut être une piste. Il faut mettre en place une fiscalité environnementale globale. Un moyen rapide et efficace d’intervention consiste à introduire une variable environnement dans les multiples instruments fiscaux existants : je m’engage pour une TVA tendant vers zéro pour toutes les écoactivités et les produits responsables.
Il faut enfin lancer un vaste plan d’économies d’énergie. L’isolation des habitations est cruciale : toutes les chaudières au fioul devront être remplacées sous cinq ans, avec le soutien d’aides fiscales. Je m’engage pour que des aides à l’isolation dans les logements anciens soient accordées. L’efficacité énergétique passe aussi par des normes sévères sur les appareils électroniques et les éclairages. Je m’engage à une réforme des marchés publics en faveur de critères environnementaux favorisant les nouvelles filières (papiers recyclés, bois certifiés).
En matière économique, la labellisation environnementale rend attractifs des produits qui tout au long de leur cycle de vie respectent les normes environnementales. Le bien-être environnemental, la qualité de l’air, de l’eau sont aussi importants que la croissance du PIB, dont les critères doivent être modifiés. C’est aussi un enjeu de santé publique, permettant d’assurer à chacun - salariés ou consommateurs - que sa santé n’est pas mise en danger.
Merci à Nicolas Hulot d’avoir fait émerger la prise de conscience de l’urgence écologique. Il a montré que les Français se soucient de l’état dans lequel ils laissent la planète aux générations futures.Je veillerai à ce que cette question reste centrale tout au long de la campagne.
Je m’engage aujourd’hui, comme je l’ai fait en tant que ministre et dans ma région, en faveur du développement durable. Je ferai de l’environnement l’un des coeurs de mon action, comme un pilier de la croissance durable et de l’ordre social juste.
Discours de Ségolène Royal au Congrès de l’Association des Régions de France à Dijon
Chers collègues, Mesdames et messieurs les élus,
J’ai un grand plaisir que nous nous retrouvions à ce deuxième Congrès de l’ARF sur le thème des régions qui préparent l’avenir
Il y a un paradoxe aujourd’hui : les Français sont très attachés à leur territoire, leur région, de leur département, leur ville, et en même temps selon un récent sondage 45 % estiment que la décentralisation est allée trop loin mais une proportion encore plus importante (54 % des Français) estime que c’est parce qu’elle n’a pas été accompagnée des moyens suffisants et qu’il y a une crainte que cela entraîne une inégalité entre les territoires.
Pourtant, malgré le recul de l’idée de décentralisation, les Français sont très attachés à leur région et à leur commune. C’est pour cela que je propose une réconciliation entre l’Etat et les territoires, avec à la fois un Etat fort, qui assure les services publics, l’égalité entre les droits, l’équité entre les territoires, d’une part, et des régions qui ont les moyens d’agir au plus près des citoyens, d’autre part.
Je veux à la fois un Etat fort qui donne les règles et qui assure l’égalité entre les territoires et libérer les énergies ainsi que les intelligences territoriales. Ce qui m’importe, c’est un Etat qui protège dans ses grandes compétences, qui assure les grands services publics, et qui sécurise l’égalité de développement et qui donne une impulsion.
Si les régions et l’Etat avancent dans le même sens pour créer des emplois et développer la compétitivité, améliorer les qualifications professionnelles et investir dans l’environnement, alors nous pourrons tirer la France vers le haut et lui donner toutes ses chances.
Les Français ne le savent pas suffisamment, les régions ont fait leur preuve.
Prenons l’exemple des lycées. Combien en 1986 étaient d’une vétusté indigne de notre pays, indigne pour les conditions de vie et de travail des élèves et des enseignants, et source d’inégalité ? Depuis, des centaines d’établissements ont été construits et la quasi-totalité du parc a été rénové.
Plus encore, les Régions se sont investies dans le service public de l’éducation et ont permis une rénovation des pratiques pédagogiques : elles financent des équipements scolaires, des parcs informatiques, des actions éducatives et sociales.
Prenons l’exemple des trains. Les régions ont hérité d’un réseau vieillissant, peu performant, délaissé (et à regret) par les usagers. En moins de 10 ans, en achetant des trains, en rénovant les gares, en multipliant les dessertes, en re-ouvrant des lignes elles ont fait des TER un moyen de transport collectif moderne, attractif, écologique, qui connaît une croissance impressionnante.
J’ai pris ces deux exemples, connus de tous, mais je pourrais multiplier le récit des expériences réussies, dans la formation professionnelle, l’environnement, le développement économique ou encore l’aménagement des territoires.
Ce bilan révèle une évidence : les Régions sont suffisamment proches des citoyens pour en connaître les besoins ainsi que leurs aspirations, et d’une taille suffisante pour organiser les solidarités et les synergies autour des bassins de vie. Cette expertise leur permet de saisir les attentes de la société, et de les confronter aux réalités économiques et sociales. C’est ainsi qu’elles apportent leur contribution au développement de notre pays, en même temps qu’au lien social. Les Régions apparaissent comme un échelon moderne, et pertinent pour réussir le changement vers une France responsable et solidaire.
Certains voudraient que ce désir d’action régionale soit en fait une volonté de démantèlement de l’Etat ou une sorte de revanche de la province sur Paris. C’est inexact et absurde.
Aujourd’hui, les initiatives régionales sont entravées, le Gouvernement actuel leur a mis un boulet aux pieds, chacun en connaît les raisons, parce que la loi ratée sur la décentralisation a créé des désordres, des confusions, des transferts d’imports, des chevauchements de compétences. Au total, c‘est l’intérêt général qui s’en est trouvé affaibli.
Il est temps de mettre en place un ordre territorial juste, c’est-à-dire :
1. A chaque transfert de responsabilité, un transfert de ressources juste et préalablement défini ;
2. La création d’un fonds national pour l’égalité entre les territoires
3. La clarté dans les responsabilités et donc dans l’obligation de rendre des comptes
C’est aussi le moyen de veiller à la solidarité entre les territoires, notamment en direction des régions d’Outre-Mer qui doivent faire face à des défis démographiques et environnementaux que nous devons accompagner.
Autrement dit, l’Etat doit faire confiance aux initiatives régionales tout en exigeant en retour des résultats, pour qu’un euro dépensé soit une euro utile et que les gens s’y retrouvent dans le qui fait quoi, qui est responsable de quoi, pour que la démocratie fonctionne. .
Au vu du travail accompli, et grâce aux échanges entre nous, au vu des choses formidables qui se passent en région, de ma propre expérience, j’ai la conviction que pour aller mieux, la France a besoin de mettre encore plus fortement ses régions en mouvement.
Il y aura donc une nouvelle étape de la régionalisation parce que c’est une façon de lutter contre la dispersion des crédits publics et de donc de lutter contre les déficits publics, comme l’ont fait les autres pays européens. Chez nos voisins, c’est le double mouvement de régionalisation et de renforcement de l’autorité de l’Etat qui a contribué, comme les chefs de gouvernement suédois, espagnol ou italien me l’ont confié, pour une grande partie au rétablissement des comptes publics. .
La future loi sur les intelligences des territoires s’appuiera sur les résultats de l’action concrète des régions.
Elle portera sur quatre domaines :
1. L’accès au premier emploi et au logement pour les jeunes :
2. La mise à niveau des moyens des universités (bâtiments, vie étudiante, nouvelles technologies, …) en conservant bien évidemment la compétence de l’Etat sur les diplômes ;
3. Le développement économique, en s’appuyant sur la recherche et l’innovation
4. L’excellence environnementale.
Pour préparer dès maintenant cette nouvelle étape et mettre en œuvre ces principes, je vais réunir des groupes de travail associant l’ensemble des présidents de régions, en liaison avec les départements et les villes, pour que nous ayons des propositions concrètes.
Aujourd’hui, je propose que nous lancions cinq mesures pour les jeunes, parce qu’il n’est pas normal que notre pays soit celui qui a le taux de chômage des jeunes le plus élevé en Europe, celui où les jeunes diplômés ne peuvent accéder à un emploi, celui où la jeunesse ne peut déployer ses initiatives.
Ces cinq mesures pour les jeunes sont les suivantes :
- soutenir l’accès au premier emploi des jeunes diplômés ;
- mobiliser les compétences des régions pour que chacun et chacune ait un métier dans notre pays ;
- soutenir les créateurs d’entreprise, avec un chèque régional et le suivi apporté par les ateliers de la création ;
- mettre à niveau les moyens des universités (bâtiments, vie étudiante, nouvelles technologies, …), à l’image de ce que nous avons collectivement réussi dans les lycées, en conservant bien évidemment la compétence de l’Etat sur les diplômes ;
- organiser l’accès au logement de tous les jeunes, qu’ils soient étudiants ou jeunes travailleurs,
La réactivité des régions permet d’avancer vite ensemble, en s’appuyant, par exemple, sur le travail qui a été fait après les émeutes des banlieues, il y a un an, pour l’insertion professionnelle des jeunes, avec les contrats ressources qui ont été mis en place ici en Bourgogne par François Patriat et à Dijon par François Rebsamen.
De même, comme je l’ai fait en Poitou-Charentes, nous pouvons efficacement et rapidement soutenir les créateurs d’entreprise, avec les ateliers de la création qui accordent un chèque création d’entreprise aux TPE.
J’invite toutes les régions à faire de même et tous les mois nous rendrons compte de ces actions concrètes.
La véritable réforme de l’Etat, c’est la régionalisation, car cela renforce effectivement le pouvoir de l’Etat et cela rend plus efficace l’action publique.
Je veux que les Français reprennent confiance dans leur pays et dans leur Etat, je veux construire une société de confiance entre l’Etat et les territoires.
A l’heure de la mondialisation, il n’est pas contradictoire de renforcer l’attachement des Français à leur territoire au contraire c’est en étant bien sécurisé sur ses racines et sur les lidentités et traditions culturelles que l’on peut s’ouvrir sur les cultures du monde. L’esprit régional et le métissage vont de paire dans une France tournée vers l’avenir, assurée de ses valeurs et qui n’a aucune raison d’avoir peur des autres, au contraire, comme le prouvent les 160 pôles de compétivité auxquels je donnerai les moyens de se développer avec puissance, en soutenant davantage les coopérations interrégionales ou européennes.
Je voudrais aussi rendre hommage à toutes les expériences de démocratie participative qui se sont développées sur les territoires
Ce que je retiens de ma tournée au Proche-Orient
J’ai choisi le Proche-Orient comme premier voyage après ma désignation car je crois que les conflits qui secouent cette région sont parmi les plus anciens, les plus complexes et les plus dangereux de la planète. Il est donc de la première urgence de chercher à y mettre un terme. Les pays concernés sont liés à la France et à l’Europe par la proximité géographique, par l’histoire, mais aussi par une commune aspiration des peuples à faire de l’espace méditerranéen une zone de paix et de développement économique et social.
La situation dans la région est marquée par des inquiétudes, mais aussi des espoirs.
Après avoir été blessé par la guerre de l’été dernier, le Liban connaît une grave crise politique ponctuée par des assassinats, dont a été victime en dernier lieu Pierre Gemayel. Des manifestations impressionnantes se déroulent depuis une semaine à Beyrouth. Les différents partis, qu’ils appartiennent à la majorité ou à l’opposition, doivent trouver les voies du dialogue : je l’ai dit à tous les responsables que j’ai rencontrés, à M. Fouad Siniora, Premier ministre, à M. Nabih Berri, Président du Parlement, à M. Walid Joumblatt, Président du Parti socialiste progressiste, membre de l’Internationale socialiste, et aux députés de toutes tendances que j’ai rencontrés dans le cadre de la commission des affaires étrangères du Parlement.
La FINUL, dont je suis allée saluer sur place le contingent français, joue, de l’avis de toutes les parties, un rôle de stabilisateur du pays. La mission de nos soldats est délicate, et ils la remplissent avec courage et détermination. La résolution 1701 doit être pleinement appliquée, dans tous ses éléments.
Au moment où je suis arrivée en Israël et dans les Territoires palestiniens, trois événements importants venaient de se produire : la conclusion d’une trêve à Gaza, une déclaration d’ouverture du Premier ministre israélien, et l’échec des négociations entre le Fatah et le Hamas en vue de conclure un accord de gouvernement permettant d’avancer vers la reconnaissance des trois principes du Quartet (renonciation à la violence, reconnaissance d’Israël et reconnaissance des accords passés entre Palestiniens et Israéliens).
Le Président Mahmoud Abbas m’a dit sa détermination à résoudre par la voie démocratique la crise politique interne qui secoue les Territoires palestiniens depuis la victoire aux élections du Hamas, de façon que le dialogue puisse reprendre avec Israël et que l’aide économique européenne et internationale puisse reprendre. Il m’a dit aussi son grand intérêt pour la déclaration de M. Ehud Olmert.
Il est plus que jamais nécessaire que les deux parties reprennent langue et discutent d’un règlement global de ce conflit de plus de soixante ans, qui nourrit le désordre économique, le désespoir social et les extrémismes. L’Europe doit, en parlant d’une voix plus unie et plus forte, prendre toute sa part à ce règlement : je l’ai dit au Premier ministre d’Israël.
J’ai trouvé chez l’ensemble des responsables que j’ai rencontrés une conscience aiguë de l’urgence à régler les conflits et à construire la paix. Leurs peuples n’aspirent qu’à cela. Les jeunes que j’ai rencontrés, à Beyrouth, à Gaza et à Jérusalem, me l’ont dit : ils veulent un avenir où leurs enfants n’auront plus peur du voisin, où il sera possible d’étudier et de se déplacer, où les échanges entre jeunes des différents peuples seront libérés de toute méfiance.
Un de ces jeunes m’a dit : « nous avons tous un même désir d’avenir ». Ce n’était pas un clin d’œil, c’était un cri du cœur.
Le droit de vote
Madame ROYAL, à l’heure où votre parti se fait le chantre des Droits de l’Homme, des citoyens Français se voient dépossédés de leur Droit de Vote sur le sol National. La Nouvelle-Calédonie est française jusqu’à preuve du contraire et il se déroule là-bas des traitements dignes des pires dictatures à l’encontre de Français. Un débat s’est tenu lundi 04 décembre 2006 à Nouméa, en présence de la plupart des représentants politiques et de trois associations de défense du citoyen. Le thème abordé était celui du corps électoral pour les provinciales. A l’issue des discussions, il fut approuvé, même par les indépendantistes de l’Union Calédonienne, que le sujet devait faire l’objet de clarifications lors de la séance du congrès qui devait se tenir alors le mercredi 06 décembre 2006. Son président, Harold Martin, a refusé bafouant ainsi une fois de plus la vox populi. Néanmoins, hormis le parti indépendantiste, tous se sont prononcés pour le corps électoral glissant, comme le stipulent les accords de Nouméa, signés en 1998 sous le gouvernement de Lionel Jospin. Ainsi, l’Avenir Ensemble de Philippe Gomès, le Rassemblement UMP de Pierre Frogier par les voix de MM Loueckhotte et Yanno, le Front National de Guy Georges et le Mouvement Pour la France de Claude Serran, autrement dit, la majorité représentative non pas de la soirée mais de la population Calédonienne, s’est déterminée CONTRE le gel du corps électoral. Il fut précisé à Pascal Naouna, de l’Union Calédonienne, que la volonté des indépendantistes de revenir sur la parole donnée en 1998, était une ineptie qui risquait fort de remettre le feu aux poudres. Celui-ci en convint et précisa que, de toute façon, une délégation se trouvait à Paris afin d’effrayer la classe politique métropolitaine en agitant le spectre des évènements dans le cas où le gel n’était pas voté au parlement. Sachez Madame, que malheureusement, c’est exactement l’inverse qui se produira ! Comment pourrait-on accepter sans bouger que les accords de Nouméa fassent l’objet d’une modification aussi grave et inique ? Cet accord fut signé par tous les partis en privilégiant le dialogue et nombre de concessions furent accordés contre l’agrément de ce corps glissant. Je dois vous rappeler que pour en arriver à cette signature, l’Etat a tout simplement accepté que ses citoyens soient dévalorisés, dénigrés, dépossédés de leur devoir le plus élémentaire : l’acte électif. La constitution adoptée alors ne trouve pas d’équivalent dans le monde, pas même dans les pires dictatures. L’accession à la citoyenneté Calédonienne ne pourrait être obtenue qu’au bout d’une période de 10 années consécutives passées sur le territoire ! Cette durée est purement fantaisiste et ne repose que sur la volonté de satisfaire une troupe de criminels qui n’ont pas hésité à assassiner des gendarmes et à violer leurs épouses. Concernant cette citoyenneté, il n’est pas non plus possible de l’obtenir par le mariage ! La Calédonie est vraiment un cas à part sur la planète ! Par contre, ces gens qui travaillent et contribuent à l’essor de cette île sont évidemment soumis à l’impôt sur le revenu, ce qui constitue une aberration puisque cette taxe est basée sur la notion de citoyenneté. Dans ce cas, comment peut-on admettre qu’une catégorie de la population ne soit pas considérée comme des citoyens et de fait, déchus de leur Droit de Vote quand on leur demande de payer l’Impôt ? Vous qui êtes si prompts à réclamer ce droit pour les étrangers sur le sol national, le refusez à des Français sur un territoire français ! Ne faites pas comme la commission européenne des droits de l’homme ou comme l’ONU qui ont ratifié cette constitution de carnaval, en prétextant que l’histoire du Caillou nécessitait l’adoption d’un tel texte ! Que dire dans ce cas de l’Algérie et de la guerre qui s’y déroula ? Des milliers de soldats Français y ont perdu la vie et malgré tout, vous méprisez leur mémoire en sollicitant le vote des Aglériens (entre autres étrangers). Le sentiment qui règne ici est à la colère, surtout lorsque votre compagnon, plus soucieux de l’inéquité que du respect de la parole donnée, coopère avec les ennemis de la République en leur promettant de soutenir le reniement de leur signature. Vous exacerbez, par de tels actes irraisonnés, la montée de l’extrémisme, ce qui ne laisse rien présager d’optimiste pour les mois à venir. La repentence coloniale est un argument éculé qui ne vaut que par la couardise de ceux qui s’y soumettent. La France est un grand pays, faites en sorte qu’il le demeure surtout si, comme vous l’avez dit, vous souhaitez conserver la Calédonie dans la République ! N’oubliez pas qu’il est malvenu, voire impensable, que la France donne des leçons au monde sur les Droits de l’Homme quand elle ne les respecte pas du tout elle-même et qui plus est, sur son propre territoire.