Conjuguer environnement et développement

April 21st, 2006 Posted in Analyses de S.Royal

Les débats qui ont lieu jusqu’à présent sur ce thème (plus de 800 contributions), sont d’une grande qualité technique, peu polémiques et il s’en dégage une très forte volonté d’action.
Les discussions sont fortement axées sur des problématiques liées à l’énergie et aux moyens de son renouvellement.
A ce titre, le constat du monde dans lequel nous vivons est globalement pessimiste avec des forces d’inertie très importantes. Mais l’espoir d’un changement possible est là, à condition de réellement s’y employer.
De très nombreuses pistes sont dégagées et beaucoup attendent de l’État et des collectivités locales qu’ils montrent l’exemple.
Il faut donc agir très vite, avec audace et pugnacité pour désenclaver la politique environnementale, y compris au niveau institutionnel, afin de lui donner toute la place qu’elle mérite.

Si le constat sur la situation actuelle est généralement négatif, les intervenants ne perdent pas pour autant espoir dans la capacité d’agir, encore faut-il s’y employer fortement.

Certains des intervenants paraissent dans leurs analyses se rapprocher de la théorie du « catastrophisme éclairé » développée par Jean-Pierre Dupuy qui consiste à se montrer vigilant et en alerte face à une menace paraissant inéluctable, mais contre laquelle on pourrait encore agir.

Ainsi peut-on lire que « le contexte de demain sera différent, peut-être profondément différent de celui d’aujourd’hui et certains changements font figure, tant du point de vue humain que sur le plan des mathématiques, de catastrophes. Donner des réponses pour l’avenir implique donc de bien saisir les conditions dans lesquelles s’exprimera cet avenir » (jcm).

D’autres intervenants se rallient aux réflexions autour de la « décroissance » reposant notamment sur la thèse du « peak oil » : le pic d’extraction du pétrole qui, une fois dépassé, rendra l’extraction plus coûteuse que les gains apportés par les activités qui en sont consommatrices.
L’idée est donc que les pays riches modèrent dès aujourd’hui leur niveau de consommation afin de mieux partager avec les pays à économie émergente les ressources encore disponibles.
« La décroissance est volontaire – de la part des plus riches – donc équitable, programmable, douce (…) Il faut faire les deux : produire moins et mieux » (Delouvrier) et « réduire notre train de vie » (maathieu) pour tendre vers « un modèle économique plus écologique » (pinson) car « croire à une croissance infinie est croire à un mythe » (colza09).
Avec ce constat sombre mais pas défaitiste, les participants émettent le vœu d’une volonté politique environnementale déterminée.
Certains, comme Eugène, veulent « changer radicalement de modèle de société » d’autres plus pragmatiques souhaitent la « création d’un grand ministère commun à l’énergie (qui dépend aujourd’hui de l’industrie) et à l’environnement » (Nico 19). Un ministère « doté d’un Service Public de l’environnement » (arnoisaac) « plus étoffé et plus actif » (orchidée).
« Ce grand ministère pourrait promouvoir le fait qu’écologie et économie ne s’opposent pas mais au contraire qu’il est tout à fait possible d’avoir une économie qui va mieux tout en protégeant l’environnement » (Antoine 31).

Les collectivités publiques dans leur ensemble sont donc encouragées à montrer l’exemple dans la lutte pour le respect de l’environnement. On attend beaucoup de l’État et des collectivités locales.

désenclaver la politique environnementale
Quelques internautes incitent à une plus grande prise en compte des dimensions environnementales dans toute politique publique ainsi que dans tout projet d’aménagement : « Si systématiquement tous projets comportent un volet environnement (…) je pense qu’on peut faire assez rapidement changer les choses » (Fawer Cédric) « placer les questions de politique environnementale au cœur des ministères (…) L’environnement doit devenir une question transversale » (Anne L.).

les collectivités doivent appliquer dans leurs propres activités des mesures respectant l’environnement
Les intervenants attendent généralement des mesures concrètes, venant d’abord des collectivités publiques, où le rôle des collectivités territoriales semble devoir prendre toute son ampleur.

« Adopter un règlement de la construction publique qui impose à l’État et aux collectivités l’utilisation de matériaux éco-certifiés pour la construction ou la rénovation des bâtiments publics, prise en compte également de cet aspect dans le cadre général de la commande publique » (Yannick Serrano).

Il faut « Généraliser par la loi l’utilisation des biocarburants ou du GPL et gaz naturel pour les transports en commun  et pour les véhicules communaux » (serge 974). «  Les collectivités locales doivent montrer l’exemple. Les transports publics doivent rouler au bio carburant, adapter la taille des autocars dans nos campagnes au nombre d’usagers (chaque jour le ramassage scolaire se fait par de vieux autobus de 60 places ou plus pour quelques passagers seulement) » (Renaud).
De même pour le recyclage des déchets, «les services publics (…) doivent commen[cer] par donner l’exemple » (bellisa) comme « mettre des poubelles [adaptées] dans les écoles » (icapidées). En somme, « si l’État, les collectivités ne donnent pas le bon exemple qui le fera ? » (christian 83).

- Normes de sécurité, réglementation des activités des professionnels et particuliers

Des propositions sont avancées au sujet des normes de production et de construction : « toute nouvelle construction devrait répondre aux normes HQE [haute qualité environnementale] » (serge 974 ou P-M, adjenuit, jmrous…) ; « Favoriser l’utilisation des énergies renouvelables et des combustibles non-fossiles pour le chauffage collectif des bâtiments publics et des logements collectifs » (Yannick Serrano) ». « Chaque personne déposant un permis de construire doit être informée sur quelques règles de base concernant les types de chauffage les moins dévastateurs écologiquement, la bonne orientation d’une maison, l’intérêt d’une bonne isolation thermique mais aussi phonique… » (bcornu).

- Dispositifs classiques de taxation - pénalisation et mise en place de mécanismes économiques plus novateurs dans le domaine de l’environnement

Certains participants jugent nécessaires l’application, ou le renforcement, de taxes de production polluantes, notamment les véhicules particuliers polluants notamment grâce au jeu du double dividende : réduction des activités polluantes devenues trop coûteuses et réinvestissement des sommes récoltés lors de ces taxations dans des politiques environnementales.

Les intervenants souhaitent également la mise en place de dispositifs faisant davantage appel aux mécanismes de marché, sur l’exemple des échanges de « permis à polluer » du Protocole de Kyoto « imaginer un système de bourse d’échange des Kw économisés (…) le protocole de Kyoto ce système marche bien, il faut l’appliquer aux économies d’énergie » (frédéric landais).

D’autres proposent la création d’une « taxe sociale sur les principales ressources non-renouvelables à taux variables selon la rareté de la ressource et la pollution induite » (sebasto).

Plus globalement les pouvoirs publics doivent « favoriser les écotechnologies durables » c’est à dire « toutes les techniques dont l’emploi est moins néfaste à l’environnement que d’autres ». C’est « créer des nouveaux services, de nouveaux emplois durables » (jcv).

On le constate donc, les thématiques liées à l’énergie reviennent très fréquemment dans les débats :

La politique nucléaire de la France (qui a fait l’objet ces derniers jours de débats passionnés entre contributeurs en écho notamment à l’anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl) est décriée pour certains pour qui il faut « d’urgence l’abandonner » (solange, ou sagapedo, Alain 64, Marie Labat…) car elle représente des risques écologiques et humains très importants (« déchets, transports, passerelle entre le civil et le militaire.. » )-(zanzan). D’autant que «  le nucléaire confisqu[ant] la quasi-totalité des crédits de recherche depuis 30 ans, il serait peut-être temps de rééquilibrer avec d’autres voies » (GBC90).

Pour d’autres, « l’industrie nucléaire comme l’aéronautique est l’industrie qui a le plus travaillé sur la notion de risque, faisant tomber celui-ci à des niveaux extrêmement faibles tout en assurant une fourniture d’énergie indispensable à nos sociétés » (grisely) et « la France se doit de maintenir un secteur nucléaire compétitif (ne serait-ce que pour préserver les dizaines de milliers d’emplois du secteur [même s’il] devient urgent de limiter au strict nécessaire l’utilisation de l’énergie nucléaire » (phocée) « loin d’être parfait[e] » (djeh).
Dans ce contexte, la seule solution possibleserait « la continuation du nucléaire tout en favorisant la montée en puissance des énergies d’appoint » (Michelle).

Bien sûr la question du pétrole est également au cœur des discussions avec de nombreuses références à Jean-Marc Jancovici qui, dans un ouvrage récent demande l’instauration d’une taxe progressive sur les énergies fossiles.

Beaucoup prônent aussi, on l’a vu, le développement des biocarburants (Myrial A., Frodon 78, colza,WL…°) même si certains pour éviter « la continuation du modèle productiviste énergétiste » (DX 100) et donc une « agriculture qui ne pollue pas plus qu’elle permet de sauvegarder » demandent que « ces nouvelles cultures soient très encadrées » (gouinguenet hervé).

Les OGM sont aussi évoqués dans ce cadre pour rappeler que s’ils « offrent de nouvelles possibilités en matière de santé publique, il convient d’interdire au plus vite tous les essais en milieu ouvert » (dszalkowski).

Pour beaucoup « la solution est dans la diversité des énergies de substitution » qu’il convient de développer, encouragé par « une puissante volonté politique » (chouk 95).

Pour d’autres, une piste à vraiment prendre en considération est « l’intermodalité des transports et l’amélioration des performances des transports en commun » (Sim Laurent) ainsi que « le ferroutage » (Arpenteur, dszalkowski). Il faut dans ce cadre « bâtir une ambitieuse politique européenne du fret ferroviaire » (julien T).

Enfin, Éducation et éco-citoyenneté sont des thèmes souvent repris au sein des discussions.

« Il nous faut envisager désormais une action particulière à destination du milieu scolaire afin de sensibiliser les citoyens de demain » (Yannick Serrano) ; « Il faut revoir le rôle de l’école et sa mission de transmission de valeurs pour qu’elle intègre pleinement les valeurs du développement durable » (Petit Lu) « la sensibilisation de tous et dès le plus jeune âge (…) il est du devoir de l’école d’enseigner les règles de vie » (FloB) « Il faut articuler l’enseignement primaire autour de toutes ces questions, et créer des ateliers d’expérimentation pour les jeunes » (Letellier Jean-Luc). Certains vont plus loin en demandant la « création d’une matière scolaire obligatoire sur l’écologie » (madmax) « avec épreuve au Bac » (Dominique L.)

L’éducation au respect de l’environnement passe donc par un apprentissage des comportements à adopter en vue de sa sauvegarde.
Une prise de conscience globale de ces enjeux émerge, notamment à travers la Décennie des Nations Unies pour l’éducation en vue du développement durable (2005-2014). Ce projet, programmé par l’UNESCO, met l’accent sur des thèmes fondamentaux comme la consommation durable, l’eau, le développement rural, les savoirs autochtones.

Le développement des jardins collectifs en zone urbaine intensive, l’« agriculture péri-urbaine » (Petit Lu), permettrait, en replaçant la nature au cœur des villes de mobiliser davantage les citoyens autour de ces sujets.

Plus largement, les participants insistent sur l’importance d’une information disponible, impartiale et claire en matière de risques et d’effets sur l’environnement : « instauration d’étiquettes sur tous les produits indiquant leur effet sur l’environnement » (Yannick Serrano), « progressivement appliquer à l’ensemble des produits le système des notes de A à G en fonction de la consommation énergétique qui a fait ses preuves dans l’électroménager » (Benjamin-V) ou « imposer des produits sans mode veille » (télévision par exemple) – (Le Ben 57). « Si on permet les étiquettes claires et des recherches sur la toxicité des composants, c’est une réelle campagne d’informations pour les adultes » (Cazalé).

Bref, comme le dit gurvan35 : « soyons inventifs ! ».

Le plein s’il vous plait !, Seuil, 2006.

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