La France dans le Monde

May 1st, 2006 Posted in Analyses de S.Royal

Le débat donne des pistes sur les réorientations et les améliorations jugées nécessaires ou indispensables, pour que la France pèse dans le monde.
Arrêtons le pessimisme, reprennent en cœur de nombreux intervenants. Il faut croire en la France et en ses capacités.
Il faut une France sûre d’elle-même, capable d’agir pour l’intérêt européen et mondial. Il faut une France intégrée et ouverte. La France ne réussira pas seule, le constat est unanime. La France doit s’appuyer sur l’Europe mais pas sur n’importe quelle Europe.
L’appel à un discours de vérité est réclamé. « La vérité, même si elle est dure à dire, ne ferait pas forcément fuir les électeurs » explique par exemple Simon Dumas, « au contraire, elle pourrait permettre de rétablir la confiance, qui est la base de tout. Ensuite, il serait temps d’expliquer (vraiment) pourquoi l’Etat français ne peut pas tout et pourquoi il faut nous dépêcher de construire l’Europe » .

1 Nos atouts et nos faiblesses

Les internautes cernent sans pessimisme ni autosatisfaction les forces et les faiblesses de la France.

Un constat est partagé par beaucoup comme Louis de Anfrasio : « la France est actuellement peu écoutée en Europe et dans le monde ». Il faut descendre de notre piédestal (JulienG) ; notre pays doit donner une image plus modeste (Olivier T). La France est perçue comme un pays qui vit sur son passé (Serge).
En fait, la France souffre d’une perte de crédibilité dans le monde (son « modèle » montre des limites, chômage élevé, dette en hausse constante, panne d’innovation).
Le pays traverse une crise d’identité pour françoisalex, qui rappelle le syndrome virginien, cet Etat américain dépassé par l’évolution des Etats-Unis d’Amérique. « L’urgence est au dialogue et à la réflexion » pour Florence2701, «nous avons besoin d’explication, d’une vision pour savoir où nous allons. Nous n’avons même plus la foi de regarder devant nous, la réalité nous accable sans que notre impuissance ne nous dérange ».

La promotion de la France, de sa culture et de sa langue est essentielle. Pour renforcer la place de la France dans le monde, les politiques doivent avoir le souci permanent de son rayonnement. Les élus doivent promouvoir la culture et la langue françaises à l’étranger. Il faut des mesures « offensives » et pas uniquement « défensives ». L’augmentation des moyens (bourses, lycées français à l’étranger, médias) est un passage obligé, un investissement pour le futur.
Il est souligné que le réseau des établissements français à l’étranger est important dans le rayonnement de la France. Et, ainsi que l’observe Javier Casas, il y a de véritables réussites comme la qualité du collège franco-péruvien de Lima, qui prépare à des études supérieures en France. Il est cependant constaté que, pour des raisons de coût, plusieurs centres culturels français à l’étranger ont été fermés.
Niklavs Auzans propose que les agents des ambassades dans les différents secteurs (éducatif, associatif, économique, culturel, technique, scientifique) soient plus représentatifs de la diversité de la  société française.
Même dans les pays francophiles, les structures ne sont pas à la hauteur, comme l’indiquent  bonnefoi ou directeurachats à propos de la Roumanie, de la Russie, de la Serbie…
L’idée de financer tout ou partie de stages en France à des jeunes désireux d’apprendre notre langue est avancée, comme le font d’autres pays.
On pourrait également s’appuyer sur les Français installés à l’étranger qui seraient appelés à promouvoir la France.
JBG propose une université francophone sur internet.

La France doit se doter d’une stratégie audiovisuelle extérieure (RFI, TV5, CFII…). Nos médias doivent notamment s’exprimer en langues étrangères selon plusieurs internautes (math03, ilfordhp5). Le contenu de TV5 est décrié par plusieurs, plutôt repoussoir qu’attractif pour la France et la francophonie (trop culturel, coupé de la réalité), symbole de l’arrogance française. L’idée d’une télévision européenne est avancée. D’autres proposent de s’appuyer davantage, comme les Etats-Unis,  sur le cinéma (plfasr) car le siècle est celui de l’image et de l’imagination. Il faut rappeler que l’industrie cinématographique est dynamique en France.
Les hommes politiques doivent maîtriser plusieurs langues. C’est aussi un signe d’ouverture au monde pour fabrice_r.

Si la France offrait à nouveau une image d’ouverture et de modernité, elle deviendrait plus crédible et utile pour le monde.

La France a vocation à inspirer le reste de l’humanité par le développement de principes universels (estiment  plusieurs internautes comme desvignes).
Mais apprenons aussi à apprendre des autres. Les Français doivent admettre que ce n’est que dans l’échange avec les autres pays que la France pourra conserver son haut niveau économique et social.

Plusieurs internautes soulignent la nécessité d’un soutien à la recherche, à l’innovation, aux PME (comme gwen paris ou Pierre Lancien), à toutes les initiatives (henri bekombo)
Pour avoir du poids, la France doit avoir être forte économiquement (plume69).

Pierre Lancien estime qu’il faut soutenir la recherche. Fanito pense que les étudiants doivent faire des stages professionnels à l’étranger.

Paris-Dubai demande des infrastructures pour accueillir les sociétés étrangères, car l’offre crée la demande (idée de gildo).

L’espoir est de « bâtir un grand projet pour  2007 qui serait capable de rassembler tous les citoyens de ce pays » (nicomaz)
La France n’est rien sans l’Europe (jespar, emlyd2207, Jacques bientôt 80 ans).

2 L’Europe et la place de la France

De nombreux internautes réclament une relance de l’Europe. Quelques uns demandent un nouveau traité (winger) moins libéral. Nombreux sont ceux qui réclament une nouvelle constitution (Jacques Ernest), soit en gardant les « bonnes » parties du traité (la Charte des droits fondamentaux surtout, Billy…) soit en renégociant un texte plus social

Les idées foisonnent :
- Faire une Europe politique est la priorité pour beaucoup. Le politique doit être le moteur de l’action et non l’économique. Par exemple, jespar et claudepol proposent d’oser un vrai budget européen et de favoriser la démocratie en Europe (avec des élections le même jour par exemple, et le renforcement des pouvoirs des citoyens et du parlement…). La fin des décisions à l’unanimité est perçue comme un facteur positif, avec une généralisation des votes à la majorité qualifiée. Yannick Serrano imagine une fédération d’Etats avec un nouveau pacte européen à fonder. Cyrille va plus loin en imaginant la fin de la nomination des commissaires européens par les pays : il y aurait un gouvernement européen où les ministres seraient des députés européens ; le chef de ce gouvernement devrait obtenir un vote de confiance au parlement.
-  Relancer un noyau dur.
- Renforcer les pouvoirs d’un ministre des affaires étrangères européen (Niklavs Auzans) pour mieux défendre les intérêts généraux de l’Europe.
- Relancer une Europe de la Défense, avec par exemple la fusion des états majors et un chef des armées unique (sdrapeau, family), la mise en commun de la force nucléaire de la France et du Royaume-Uni ou le développement des missions de maintien de la paix qui donne une image très positive de l’Europe.
-  Disposer d’un siège unique à l’ONU  pour l’Union Européenne (sdrapeau, nnours).
- Créer un vrai Service civil européen (plusieurs soutiens). Il existe déjà un Service volontaire européen mais il faudrait le développer ou le généraliser. Le système d’échange étudiant Erasmus doit être développé. Un stage de quelques mois dans un autre pays pourrait  être obligatoire pour les étudiants.
- Modifier les objectifs de la Banque Centrale Européenne (Billy).
- Remplacer le 8 mai ou le 11 novembre par une journée européenne de la paix.

Simon insiste pour que l’Europe se construise avec les peuples, par le recours au référendum. Il y a une demande d’appropriation citoyenne du débat sur les affaires extérieures, comme l’a montré l’intérêt des Français pour le débat sur le Constitution. D’où la demande de  donner une place plus importante aux peuples (sav8592, Niklavs Auzans).

Pourquoi l’Europe est-elle en panne ? « Parce qu’elle brûle les étapes » pour Pinchon, qui suggère, comme d’autres, d’avancer lentement mais sûrement, car il craint un retour en arrière où chaque pays défendrait uniquement ses intérêts.

Une image revient souvent : Angela Merkel et Ségolène Royal main dans la main (anthobrest, jedoute, gils), même si les deux pays ont un passé et une culture différents (social-démocratie et consensus contre lutte des classes et socialisme, selon francoisalex).

sdrapeau rappelle que « la classe politique française fait porter à l’Europe tous les fardeaux dont elle ne veut pas se charger ». De fait, la France doit reconstruire sa réputation européenne comme le dit Eurone. C’est pourtant l’Union Européenne qui apparaît comme la seule structure pertinente pour défendre et surtout valoriser nos intérêts.

Plusieurs intervenants insistent pour développer l’Europe des Régions (comme BRUTUS, OlivierT), l’échelon le plus pertinent et efficace car à la fois suffisamment important et proche du terrain.

Autre image symbolique forte : le parallèle entre Ségolène Royal et Hillary Clinton (caius, Frédéric B), car ces deux femmes sont porteuses de valeurs et de beaucoup d’espoir dans les deux pays. En outre, cela permettrait de renforcer une véritable réconciliation franco-américaine.

3 Il faut  utiliser la mondialisation

Y Serrano souligne le rôle des responsables politiques et des citoyens : « la mondialisation sera ce que l’homme en fera ».
La mondialisation a du positif, comme le dit Campanella qui suggère de nationaliser les entreprises en difficultés et devant délocaliser. Tout le monde n’est pas d’accord, comme directeurachats ou lucnets qui rappellent l’exemple de la sidérurgie française et qui demandent plutôt d’agir en amont,  de « mettre le paquet sur la formation », tout au long de la vie, pour permettre de rebondir.

Toba se demande si on a « raison de croire que le capitalisme est le seul modèle économique possible  ». « L’économie libérale est malsaine car elle capte les richesses et le bien vivre pour une minorité » avance plume69. Jesper54 appelle à dire STOP au diktat du libéralisme sauvage et propose une économie de marché « orientée pour répondre essentiellement aux besoins des populations ». Comment la France peut-elle infléchir le cours libéral de la mondialisation ? Seule, elle ne peut rien, il faut donc l’Europe.

Martinus affirme que la mondialisation peut être une véritable chance pour les valeurs humanistes et démocratiques : « La solution communautariste, ultralibérale et populiste de Bush , reprise par Sarkozy serait une régression tragique ».

Face aux Etats-Unis et à leur hyper puissance, Yannick Serrano propose une « dissuasion civile », comme le boycott des produits américains.

L’OPA de Mittal sur Arcelor,  a été un réveil douloureux (Lucnets) qui a fait prendre conscience aux Français que les pays « émergents » disposent aussi d’entreprises de taille mondiale.

Pourtant, doit-on empêcher que des pays convergent vers le standard de vie occidental ? babiche propose de se mettre au travail pour collaborer avec eux au lieu de donner des leçons.

4 Politique étrangère /  Immigration /. Coopération Nord - Sud / Droit international

Il faut d’abord bien se connaître soi-même pour être ouvert aux autres (JulienG), la France doit faire une introspection profonde. A ce sujet prévient golsir, la réalité n’est pas celle imaginée, nous menons une politique d’exclusion volontaire (sous le poids des idées de la droite et de l’extrême droite). La situation de la France par rapport aux droits de l’homme devient « insoutenable » insiste fabrice_r, (immigrés sans papiers, prison, centre de rétention, détention préventive prolongée…).
Lucnets rappelle les difficultés d’intégration à cause des discriminations, de la panne de l’ascenseur social.  Il dénonce le contournement de la carte scolaire. Il défend les quotas dans les grandes écoles et pourquoi pas dans les entreprises.

La politique d’immigration choisie « salit l’image de la France » pour golsir. La France ne se grandit pas en « classant ses immigrés en bons ou en mauvais » (sall), la gauche doit sortir de son mutisme.
Il faut aussi s’attaquer aux employeurs (Benoit Lentz) car avec l’immigration clandestine c’est une population « corvéable à merci ».
L’immigration est  « un facteur de croissance économique plus qu’un frein » pour Billy.
camilleri propose une immigration « juste », un discours de vérité et de courage : une fermeture provisoire pour régulariser les sans papiers, un contrat pour les arrivants (avec droits et devoirs). La politique des quotas compte quelques défenseurs ( Gauthier…)
Lucnets parle de « donnant-donnant » mais rappelle que les Français ont des devoirs pour réussir l’intégration.
La France est incapable d’accepter même les immigrés européens qui veulent travailler (pmarmot, francoisalex). Niklavs Auzans propose de mettre en œuvre une authentique politique d’intégration des communautés immigrées, fondée non sur l’assimilation mais sur l’échange et le partage. Alex_la_leviathan rappelle que c’est la politique de fermeture des frontières qui oblige les immigrés à s’installer dans notre pays. Avant le milieu des années 70, les allers et retours au pays étaient autorisés et fréquents.

La France doit continuer à être « une terre d’accueil pour tous les citoyens du monde » qui partagent nos valeurs (nicomaz). Le fait de savoir si la France est toujours le pays des droits de l’homme est débattu (chowbiz, julienG…). Car la France n’est pas toujours un modèle. Yannick cite notre politique étrangère, souvent de la « real politique », par rapport à nos intérêts économiques (pétrole, vente d’armes, marchés) : «La France finance-t-elle des ONG qui travaillent pour améliorer la démocratie dans le monde ? ».
L’abandon de toute realpolitik est avancée comme une vraie solution, en arrêtant le soutien à des régimes non démocratiques ou corrompus (jeandenis75 rappelle en même temps notre responsabilité dans des guerres en Afrique). Mais Remy rappelle qu’il ne faut pas abandonner les populations qui souffrent (Soudan ou autre). Il ajoute : « renoncer à se mêler des affaires du monde, c’est accepter qu’au minimum d’autres le fassent à notre place ».
La France est souvent perçue comme moralisatrice, pleine de « suffisance » ; Yannick souligne que « l’universel n’est pas le monopole français ». Ce qui était un temps l’apanage de la France (démocratie, droits de l’homme) est désormais partagé par de nombreux pays (Niklavs Auzans). Il faut l’accepter et s’en réjouir.

Zenitude93 réclame un vrai partenariat avec l’Afrique, gwadiana97 et realworld proposent un plan Marshall pour aider nos anciennes colonies.
Billy propose de favoriser l’action de nos seniors expérimentés dans les pays en développement. Sirius  propose un programme de développement notamment sur l’énergie (diffuser les énergies renouvelables au Sud).
La suppression de la dette est voulue par beaucoup.
L’aide publique au développement s’appuiera à l’avenir sur les régions avance Sabine, qui rappelle les vertus de la coopération décentralisée qui, par l’ouverture sur l’extérieur et la confrontation des expériences, génère un renforcement des compétences.
Pour realworld, il faut diffuser les médicaments, se centrer sur des projets d’intérêts généraux, afin d’assurer les besoins primaires pour fournir un socle solide de développement (eau, agriculture, transport…).

Les limites de l’aide au développement sont également pointées, notamment envers les pays africains pour la santé et l’éducation. Il y a certes des raisons locales, prévient Paulhac Jean-Pierre mais aussi d’autres qui tiennent à la relation France-Afrique. L’internaute estime que « ces pays restent considérés comme appartenant à la sphère d’influence française, où l’on est passé de la colonisation à la coopération sans vraiment de changement. Il faut dépasser notre histoire pour inventer un autre mode de relations avec l’Afrique ». Il propose une Agence de coopération européenne, pour éviter l’éparpillement de l’action qui souvent nuit à l’efficacité.

Samuel propose de revenir à des coopérations qui aillent vraiment dans le sens de l’aide aux plus démunis. Le système français souffre de plusieurs faiblesses et notamment le manque de continuité dans les programmes de coopération. La France peut être solidaire des pays en développement en construisant la coopération avec eux, et non en l’imposant.
Il faut également les aider dans la lutte contre la corruption rappelle savduvar.

Beaucoup estiment indispensable que l’ONU revienne au centre du jeu. Pour cela, elle a besoin d’être réformée, notamment son conseil de sécurité : pour prapin, il ne devrait plus y avoir de membres permanents avec droit de veto. Il est nécessaire de mieux représenter toutes les régions du monde au conseil de sécurité. D’accord, dit NODRAC, mais il fait remarquer que face à la proposition de donner un siège permanent au Japon ou à  l’Allemagne, « la puissance économique n’est pas encore reconnue comme un critère valide en matière d’autorité morale ».

L’arsenal nucléaire de la France donne aussi des idées : realworld demande le transfert de l’arsenal nucléaire de la France à l’ONU, qui disposerait ainsi d’une vraie force de dissuasion.

Leave a Reply