Ségolène Royal évoque le capitaine Dreyfus

June 29th, 2006 Posted in Discours de S.Royal

Le 29 juin, Ségolène Royal était en déplacement à Rennes, à l’invitation de la fédération socialiste d’Ille et Vilaine. Accueillie notamment par Jean-Yves Le Drian, président de la Région Bretagne, elle y a visité le nouvel équipement culturel Les Champs Libres (bibliothèque, musée, planétarium), rencontré les élus et les membres des Collectifs Désirs d’Avenir.

Le soir, lors de la réunion publique à la Halle Martenot, elle a introduit le débat en évoquant les réponses de gauche à apporter aux désordres de l’environnement (comment préparer l’après-pétrole ? comment faire de la France le pays de l’excellence environnementale ? comment conjuguer efficacité environnementale, intérêt économique bien compris et justice sociale ?). Place, ensuite, aux questions des participants et à un échange direct, sans façons, sur les sujets les plus variés (de la parité à l’insécurité, de la pauvreté étudiante aux rémunérations scandaleuses de certains patrons, du « patriotisme économique » de façade à la manière d’aider les très petites entreprises, etc.).

Mais Rennes n’est pas que la capitale de la Bretagne : c’est aussi la ville où le capitaine Dreyfus a, pour la seconde fois, subi l’épreuve d’un Conseil de guerre inique. Ségolène Royal a tenu à l’évoquer en ces termes :

« Venant à Rennes à quelques jours de la commémoration, le 12 juillet prochain, de la réhabilitation du capitaine Dreyfus, comment ne pas penser à ce terrible deuxième procès de 1899 qui s’est tenu ici et à l’issue duquel, une fois encore, l’espoir de voir reconnue son innocence fut cruellement déçu ? Jaurès, qui y assistait, parla de « l’abominable sentence ». Les leçons en sont, pour la France d’aujourd’hui, toujours actuelles.

Je sais que la ville de Rennes s’est attachée à préserver et à transmettre la mémoire de ce long combat de la justice contre le mensonge d’Etat, de la République contre l’arrogance de caste et contre l’antisémitisme. Le Musée de Bretagne, que j’ai vu tout à l’heure et dont le fonds a bénéficié des très nombreux documents donnés par la fille d’Alfred Dreyfus, y contribue activement. On m’a dit qu’une rue, qui jouxte le lycée Zola où se déroula le Conseil de Guerre, porte le nom du capitaine et qu’un « itinéraire Dreyfus » relie tous les lieux où se joua, à Rennes, le drame de ce procès inique.

Pour nous, socialistes, mais aussi pour toutes celles et tous ceux qui tiennent aux valeurs de la République, « l’affaire », comme on disait alors, suscite des sentiments mêlés de honte et de fierté. De honte pour la machination ourdie, pour les tombereaux d’ordures et d’injures qui s’abattirent sur le capitaine Dreyfus avec une violence inouïe : sur lui parce qu’il fallait un coupable, sur lui parce qu’il était juif. Mais aussi de fierté parce qu’il se trouva, venus d’horizons parfois très différents, des hommes et des femmes de bien, y compris parmi ceux qui avaient d’abord cru à sa culpabilité, pour se dresser, une fois convaincus de son innocence, contre l’injustice faite à un homme. De fierté parce que ce combat fut celui de la défense de l’Etat de droit par la mobilisation civique et l’action solidaire. Il fallut douze ans, douze longues années pendant lesquelles le capitaine Dreyfus ne cessa jamais de se battre, pour que le dernier mot revienne finalement à la République.

Pourquoi, à un siècle de distance, le déni de justice fut victime Alfred Dreyfus nous touche-t-il à ce point ? A cause de l’extrême violence du préjugé antisémite dont il serait naïf de croire qu’il a totalement disparu. Parce qu’aussi « l’affaire » incarne tout ce dont nous ne voulons pas pour notre pays : l’infidélité à ses propres valeurs, l’incapacité à se reconnaître dans tous les siens, la discrimination et le mépris au prétexte de l’origine, de la religion ou de la couleur, le rejet et l’humiliation au nom de la loi du silence institutionnelle. Parce que ces mots de Jaurès sont toujours actuels : « on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France ! ».

C’est pourquoi rendre hommage au capitaine Dreyfus et à tous ceux qui, alors, se mobilisèrent à ses côtés, ce n’est pas seulement se souvenir : c’est assumer l’héritage d’un long combat républicain et le devoir de vigilance qui en résulte, ici et maintenant, chaque fois qu’on humilie, qu’on méprise, qu’on discrimine ».

Leave a Reply