Entretien avec Bruno Rebelle : Les autorités chinoises affichent une certaine détermination à traiter sérieusement la crise environnementale

January 7th, 2007 Posted in Interviews de S.Royal

Quel est l’impact du fort développement de l’économie chinoise sur l’environnement ?

Ce boom économique et industriel s’est fait aux dépens de l’environnement sur le territoire chinois. Ce développement a aussi impacté les écosystèmes où sont prélevées les ressources qui alimentent l’économie chinoise et influe sur le monde entier du fait du caractère transfrontalier de certaines pollutions. Ainsi, la Chine est le deuxième émetteur de gaz à effet de serre (après les Etats-Unis) et sera très bientôt le premier. Cependant, rapportées par habitant, les émissions chinoises sont 6 fois plus faibles que celles des Américains, 3 fois plus faibles que celles des Européens… Signataire de Kyoto depuis 2002 sans avoir d’engagement de réduction du fait de sont statut de pays émergent, Pékin demande logiquement que les efforts de réduction soient d’abord le fait des pays industrialisés.

Il semble que les autorités chinoises essayent de s’attaquer à ces problèmes environnementaux ?

Elles affichent une certaine détermination à traiter sérieusement cette crise. Elles préconisent des politiques publiques progressistes et proposent un 11ème plan quinquennal fondé sur le développement d’une économie circulaire où la croissance est guidée par la conservation des ressources et tentant de s’opposer à l’augmentation de leur consommation. Ces ambitions ont été saluées par le rapport de l’OCDE de novembre 2006 sur les performances environnementales de la Chine. Mais ce rapport souligne aussi que, ces dernières années, les réalisations sont en retard sur les intentions. En fait, les autorités centrales sont confrontées à la résistance des pouvoirs provinciaux plus proches des intérêts industriels. Les Provinces ont aussi l’obligation de dégager des ressources pour financer les services qu’elles ont à leur charge. L’écologie n’est donc pas leur priorité première.

Quelle est l’action des ONG en Chine ?

Même si la liberté d’expression des acteurs de la société civile reste limitée, ces ONGs jouent un rôle de plus en plus important pour influencer les pouvoirs provinciaux et les industries, parfois en synergie avec le pouvoir central, souvent avec un large soutien des consommateurs et citoyens.

Quel est le principal chantier pour les autorités chinoises dans les années à venir ?

C’est sans doute l’approvisionnement énergétique, à la fois dans le contexte national de pollution atmosphérique du fait de l’utilisation peu performante du charbon, et dans le contexte global, la Chine étant le second émetteur mondial de gaz à effet de serre… et bientôt le premier. Les autorités chinoises sont d’ailleurs très engagées sur le développement des solutions propres. Elles viennent de se doter d’un programme très ambitieux pour mettre en service un parce éolien d’une capacité de 30 gigawatt, l’équivalent d’une dizaine de centrales nucléaires.

Quel rôle joue la dépendance énergétique de la Chine dans sa politique internationale ?

C’est un élément structurant de sa politique. Par exemple, la place prise aujourd’hui par la Chine sur le continent africain est dictée autant par le souci de prendre des marchés principalement aux dépens des Européens, que par la nécessité de sécuriser des approvisionnements essentiels au fonctionnement de son économie.

Ségolène Royal a aussi évoqué les “enjeux de développement pour la Chine”.

En effet, une grande partie de la population chinoise n’a pas encore accès aux services essentiels auxquels elle aspire : eau potable, énergie, mobilité…Il est donc difficile de brider a priori les perspectives de croissance en évoquant l’impératif écologique ou d’imposer une réduction drastique des émissions de CO2. En revanche, il est possible d’augmenter l’efficacité énergétique, industrielle et économique, pour fournir des produits et des services de qualité en maîtrisant les consommations d’énergie, d’eau et de ressources naturelles. C’est dans ce cadre que la situation environnementale pourra être améliorée significativement.

En plus du rôle de la France, Ségolène Royal a aussi évoqué l’importance de la coopération de l’Europe.

Elle est essentielle. C’est un partenaire commercial très important et les normes européennes (sanitaires et environnementales) ont un effet structurant sur les règlements proposés par les autorités chinoises. Par exemple, les directives européennes sur les déchets électriques et électroniques, ou sur les risques liés aux substances dangereuses, ont poussé les industriels chinois du secteur à anticiper pour adopter des procédés de production plus propres et éliminer les substances les plus toxiques.

L’Europe et la France peuvent aussi gagner des marchés importants en exportant les services à l’environnement pour lesquels nos entreprises ont de vrais atouts : eau et assainissement, efficacité énergétique, énergies renouvelables, gestion des déchets, dépollution des sols…

Quels sont les interlocuteurs non gouvernementaux chinois de Ségolène Royal sur ces sujets ?

Le premier est Canfa Wang, Professeur de Droit à l’Université chinoise de Droit et de Science Politique. Il a fondé en 1998 le “Center for Legal Assistance for Pollution Victims” à Pékin et mis en place un service gratuit d’aide juridique aux victimes des pollutions. C’était alors la première initiative non gouvernementale dans le champ du droit. Il a aussi été conseiller du gouvernement sur les politiques environnementales et la réglementation. Il a reçu plusieurs récompenses internationales pour sa contribution à la protection de l’environnement.

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